MIGRATION, EXIL, DIASPORAS, au prisme de la rupture

MIGRATION, EXIL, DIASPORAS, au prisme de la rupture

Le colloque MIGRATION – EXIL – DIASPORAS, au prisme de la rupture vient clore le programme de recherche « Ruptures » (2017-2022) du Centre de recherche Humanités et Sociétés. Les travaux déjà conduits ont donné lieu à trois ouvrages collectifs interdisciplinaires visant à clarifier le champ conceptuel de la notion complexe de « rupture » (CIRHILLa n°43, 47, 48). Ceux-ci mettent d’abord en lumière la rupture directement corrélée à la ligne temporelle sur laquelle elle s’inscrit. Ils postulent en outre la rupture comme matrice analytique de notre société. Enfin, ils explorent les stratégies subjectives des individus par rapport à une non-conformité choisie ou subie.

Ces travaux ont mis en évidence la fécondité théorique du concept de rupture, et sa dualité intrinsèque. Tantôt expérience négative, ou même traumatisme, tantôt ouverture et renouveau ou renouvellement, la rupture est à la fois stimulante et terrifiante. Partant de ce postulat d'ambiguïté créatrice, le colloque resserre la focale sur les migrations, l’exil et les diasporas pour saisir ce qui se joue dans la rupture, en scrutant ses deux dimensions (destructrice versus créatrice). Les mobilités et circulations multiples, de plus en plus prégnantes en ce début de XXIe siècle, génèrent de profondes mutations. Elles font exploser des matrices structurantes, redessinent les territoires et produisent de nouvelles altérités, source de peurs, d’antagonismes, mais aussi d’innovations personnelles et sociétales.

Deux questions centrales émergent : Comment s’articulent les tensions dynamiques engendrées par les migrations ? Une cohérence peut-elle émerger de ces mutations et basculements ?

En travaillant à diverses échelles spatiales et temporelles, l’on se propose d’élaborer une réflexion théorique et empirique autour des phénomènes d’éclatement et de reconfigurations identitaires en migration, en exil et en diaspora. Il s’agit d’identifier les enjeux politiques et sociaux de l’enracinement
ou du déracinement et d’examiner la résilience des territoires, des individus et des sociétés à l’aune des mutations induites par les mobilités contraintes ou choisies. Plus profondément, on explorera la réalité et/ou la dimension de la rupture, les obstacles à la rupture totale, voire même la « contre-rupture ». Qu'elle soit réelle, imaginée ou construite, la rupture peut en effet se décliner à bien des degrés, selon que l’émigration est contrainte et violente, ou au contraire choisie – ce qui n'exclut pas la violence du basculement. Dans le premier cas se pose la question du double traumatisme (dans le pays d’origine et dans le pays de résidence) ainsi que des stratégies pour le surmonter. Le second soulève en particulier la question de « l’agentivité » (agency) des migrant.e.s, de leur degré d’indépendance vis-à-vis de leurs deux États de référence.

La réflexion s'articulera autour de trois grands axes :

  1. Identité /Altérité
  2. Intégration / Accueil / Refus
  3. Départ / Retour

Dans l'un ou l'autre de ces champs, on pourra traiter :

- la problématique de la nationalité, comme marqueur de rupture (ou pas) : apatridie, déchéance de nationalité, « dépatriation », clandestinité, tolérance de la société d’accueil à la double nationalité, octroi administratif d'identités « alternatives », rapatriement institutionnalisé (de nature géopolitique).

- les formes institutionnalisées de politiques diasporiques : pratiques et stratégies (associatives, sociétales, politiques, religieuses) des diasporas ; pratiques des États d'origine et d'accueil. On analysera les enjeux et les défis de telles mobilisations, volontaires ou non, pour les différents acteurs (migrant.e.s,
exilé.e.s, pays d'origine ou de résidence).

- les phénomènes de mobilité circulaire et de transnationalisme, spontanément pratiqués par les migrant.e.s ou promus par certains États d'origine et/ou par les pays de résidence (par ex. dans le cadre du codéveloppement). On explorera alors les bénéfices réels ou escomptés de telles migrations circulaires, entendues ici comme « contre-rupture ». On en évaluera aussi les risques, notamment la possible « exportation » (dans les pays de résidence) de lignes de rupture dans le champ politique et sociétal : polarités politiques, antagonismes ethnoculturels, etc.

- la complexité et la polyphonie de l'exil : d’une part l'exil post-migratoire et précisément « l’intériorité de l’exil », théorisée par Michel Agier et développée par Paul Ilie, et d'autre part « l’insilio » que le poète catalan Salvador Espriu décrit comme une sorte de « mort civique ». Par ailleurs, la nostalgie des exilé.e.s (Svetlana Boym) constitue une émotion durable de l’exil. Les femmes et les enfants/mineurs naviguent entre invisibilité et hyper-visibilité.

- les potentialités de la migration en termes de transferts et d'hybridité : On posera ici la question de la mobilisation des compétences ou des ressources des migrant.e.s dans le pays d’accueil. On pourra réviser l’analyse parfois réductrice de ce qu’il faut entendre par « transfert culturel ». On s’interrogera
sur l’existence d’une hybridité ou altérité « perpétuelle ».

In fine, l'analyse portera sur les ruptures engendrées par l'émigration ou l'exil : ruptures biographiques, socioéconomiques, familiales (générationnelles, de genre, etc.), individuelles et collectives (ruptures de l'émigration / de l'exil vs ruptures post-migratoires / en exil). Ou à l'inverse, elle s'attachera à mettre en
évidence, dans le champ des études diasporiques, les formes de continuité par-delà l'émigration et l'exil (rupture partielle ou contre-rupture).

Bibliographie indicative :

AGIER Michel, Le couloir des exilés : Être étranger dans un monde commun, Édition du Croquant, 2011
AMELINA Anna, LUTZ Helma, Gender and Migration: Transnational and Intersectional Prospects, Routledge Taylor & Francis Group, 2019
AZNAR SOLER Manuel, « Los conceptos de ‘exilio’ y ‘exilio interior’ », in: José Ángel Ascunce, Donostia (dir.): El exilio : Debate para la historia y la cultura, Saturrarán, 2008, p. 47-61
BORDES-BENAYOUN Chantal et SCHNAPPER Dominique, Les mots des diasporas, Presse Universitaire du Mirail, 2008
BOYM Svetlana, The Future of Nostalgia, Basic Books, 2001
BURGARD Antoine, « Navigating a Limited ‘World of Possibilities’: Refugee Journeys of Jewish Children and Youth in the Aftermath of the Holocaust », Contemporary European History, 2021, p. 1-16 (en ligne)
DUBOIS Mathieu, MICHAUD Marc, SEBAUX Gwénola (dir.), Penser la rupture : Définitions et représentations, CIRHILLa N°47, 2021
DUFOIX Stéphane, La Dispersion, Éditions Amsterdam, 2011
FARGES Patrick, Le Muscle et l’Esprit. Masculinités germano-juives dans la post-migration, Peter Lang, 2020
ILIE, Paul, Literatura y exilio interior: escritores y sociedades en España franquista, Éditions Fundamentos, 1981
LÉVÊQUE Daniel (dir.), Ruptures : Explorations pluridisciplinaires, CIRHILLa N° 43, 2018
MAROLLEAU Émilie, TRIMBLE Sheena (dir.), Ruptures et normes. Déclinaisons et degrés de non-conformité, CIRHILLa N° 48 (à paraître)
PAPADOPOULOS Yannis, PARSANOGLOU Dimitris, « Operationalizing the Regulation of Human Mobility in the 1940s », in: Lina Venturas (dir.), International “Migration Management” in the Early Cold War, Corinth: University of Peloponnese, 2015, p. 33-52
SCHMOLL Camille, Les damnées de la mer. Femmes et frontières en Méditerranée, Paris, éditions La Découverte, 2020
WELLS Amy, « Geocriticism, Gender, and Genre: Literary Geographies and Female Narrative Strategies » in: Clément Lévy et Bertrand Westphal (dir.), Géocritique : État des lieux / Geocriticism: A Survey, PULIM, 2014, p. 146–154

 

Chercheurs Hors-UCO

Katell BRESTIC (Université d'Angers)

Comité scientifique
Chercheurs Hors-UCO

Manuel AZNAR-SOLER (Université autonome de Barcelone) | Katell BRESTIC (Université d'Angers) | Antoine BURGARD (Université de Manchester) | Patrick FARGES (Université de Paris) | Yannis PAPADOPOULOS (Université de Brasilia) | Amy WELLS (Université de Caen)

 

Programme du colloque

 

Jeudi 19 mai 2022

UCO Angers - Maison des chercheurs
9h30

Accueil des participants

10h00

Ouverture du colloque : Catherine MOUNEYRAC (vice-recteur UCO recherche et valorisation) et Anaïs THEVIOT (directrice du CHUS)

10h10

Introduction : Gwénola SEBAUX (UCO Angers) et Katell BRESTIC (Université d'Angers)

Rupture et contre-rupture dans la littérature de l'exil (1)

Modération : Rocío GONZALEZ NARANJO (UCO Bretagne-Sud)

10h30

Stéphane CERMAKIAN (Aix-Marseille Université) : « De la rupture à la métamorphose : la poésie arménienne d’exil en France après 1915 »

10h50

Cécile MOORE-HOPSON (Université Bourgogne Franche-Comté) : « Héritiers des migrations, héritiers des ruptures​ »

11h10

Claudia PANAMEÑO MARAVILLA  (Université de Lille) : « Identités en rupture dans la prose de Horacio Castellanos Moya et son roman Moronga (2018) »

12h00

Pause déjeuner

Rupture et contre-rupture dans la littérature de l'exil (2)

Modération : Rocío GONZALEZ NARANJO (UCO Bretagne-Sud)

13h30

Claire OLIVIER (Université de Limoges) : « Retour… à la ligne​​ »

13h50

Mathilde BERG (Université de Lille) : « L’impossible « retour au pays natal » : exil et rupture identitaire dans Tels des astres éteints de Léonora Miano​ »

14h30

Pause 

Agentivité et migration : entre résistance et vivre-ensemble

Modération : Gwénola SEBAUX (UCO Angers)

14h45

Chadia ARAB (CNRS - UMR ESO, Université d’Angers) et Mustapha AZAITRAOUI (Faculté polydisciplinaire de Khouribga, Maroc) : « L’exil n’est pas un choix ! Ruptures, résistances et mobilisation dans les parcours de saisonnières marocaines en Espagne​ »

15h05

Jérémy SAUVINEAU (Université Bourgogne Franche-Comté) : « L'entrepreneuriat ethnique pour contrer les morsures de l'exil. Construire une continuité par-delà les ruptures​ »

15h25

Meryem YOUSSOUFI (Université Ibn Zohr, Maroc) : « Processus d’intégration des migrants subsahariens au Maroc. Réflexions autour de l’accueil, des interactions sociales et des "ruptures" possibles​ »

16h15

Pause café

16h30

Projection du court-métrage documentaire « Traversées de la mémoire » (28’) d’Erika THOMAS (Université Catholique de Lille et Université d'Artois), sélectionné dans la catégorie Meilleur Court-Métrage Documentaire au Festival Amnesty International Au Cinéma pour Les Droits Humains (PACA Languedoc Corse mars 2018). 

Commentaire de la réalisatrice et débat

17h30

Fin du débat

19h30

Dîner en ville

 

Vendredi 20 mai 2022

UCO Angers - Maison des chercheurs

Constructions identitaires et ruptures politiques

Modération: Sheena TRIMBLE (UCO Angers)

9h30

Erwan LE GALL (UCO Bretagne-Sud) : « La Grande Guerre des nationalités : permanences, ruptures et accommodations des populations en mouvement​​ »

9h50

Pascal FAGOT (Université Strasbourg) : « Entre rupture et continuité : les socialistes allemands de la Pologne de l’entre-deux-guerres à travers le journal Volkswille »

10h10

Tony RUBLON (MIGRINTER Poitiers) : « Importation des conflits en diaspora : entre ruptures et continuités, étude du processus de politisation du champ migratoire des populations originaires de Turquie »

11h00

Pause café

Rupture et contre-rupture de la mémoire: enjeux de la transmission

Modération: Brigitte PIRASTRU (UCO Angers)

11h15

Claire TROJAN (Université Savoie Mont Blanc) : « La mémoire en rupture(s) : Les expulsés allemands entre mémoires officielles, ruptures politiques et transmissions intergénérationnelles »

11h35

Guglielmo SCAFIRIMUTO (Université de Nanterre) : « Rupture de transmission : l’héritage culturel négocié dans Les funérailles de mon père »

11h55

Claire KAISER (Université Bordeaux Montaigne) : « Lignes de rupture et constructions identitaires dans le film Gegen die Wand de Fatih Akin »

12h50

Pause déjeuner

Espaces et temps de la migration: ruptures et continuités

Modération: Katell BRESTIC (Université d'Angers)

14h30

Patrick FARGES (Université Paris Cité) : « Aliyah ou exil ? Rupture, continuité et rythme syncopé de l’émigration juive allemande en Palestine/Israël après 1933​ »

14h50

Glenda SANTANA DE ANDRADE (Cresspa-GTM / CNRS) : « Les stratégies de survie de Syriens et Syriennes dans les espaces religieux en Turquie et en Jordanie - Ruptures et continuités »

15h10

Hélène JAROUSSEAU (UCO Angers) : « Dynamiques migratoires en contexte insulaire. Ruptures et continuités dans l’imaginaire des originaires de La Réunion​ »

16h00

Conclusion : Rocío GONZALEZ NARANJO (UCO Bretagne-Sud)

16h30

Clôture du colloque

Inscription/Registration