Performances, dépaysements & réparations

Visuel du colloque
2-3 décembre 2021
Esad TALM Le Mans / UCO Angers - amphi Bedouelle
Equipe(s): 

Performances, dépaysements & réparations

Ce colloque s’inscrit dans le cadre du programme de recherche éponyme mené par l’École supérieure d'art et de design TALM-Le Mans. Son objet est d’examiner et d’évaluer les pouvoirs réparateurs de l’art de la performance dans une perspective éthique, politique et écologique. Ce programme s’intéresse en particulier aux façons dont la performance nous permet d’envisager et de réinventer nos liens et nos pratiques à l’égard des êtres humains et non humains, ainsi qu’à l’égard de nos lieux d’habitation.

Depuis plusieurs décennies, les sociétés humaines connaissent des transformations profondes de leurs environnements, leurs valeurs et leurs manières de vivre. Disparition progressive de milieux et d’écosystèmes, migrations forcées (Didier Fassin) et vacillement de la culture occidentale s’entremêlent et remettent en cause les caractéristiques de la modernité que sont le libéralisme politique et économique, la prééminence de la propriété privée, la croyance au progrès et les formes de vie patriarcales aux accents coloniaux. L’observation et l’analyse de ces faits ont parallèlement conduit à la remise en cause et à la déconstruction de certaines relations entre des catégories qui servaient jusqu’alors à qualifier ce monde en délitement : les séparations et distinctions entre les femmes et les hommes, entre « les occidentaux blancs et les minorités de couleur », les identités de sexes et de genres, ainsi que les dualismes entre nature et culture, entre environnement et sujet, entre matière et esprit, et, partant, la hiérarchie entre non humains et humains qui en résulte (Philippe Descola).

Chacun est désormais confronté à des dépaysements, que ce soit de milieux, de territoires, d’habitudes, d’identités, de valeurs et/ou d’imaginaires. Selon les situations géographiques, économiques et sociales, ces bouleversements sont d’intensité variable. Il n’empêche que les existences de tous se fracturent, se dérobent (Bruno Latour), se dissocient. Au coeur de ce qui apparaît parfois comme une désagrégation générale, la peur, l’angoisse, le désespoir, la colère, le ressentiment (Cynthia Fleury), le cynisme, la solastalgie (Glenn Albrecht) – la maladie qui correspond à l’épreuve de la perte d’un monde – sont des sentiments de plus en plus partagés. Ainsi ces changements et les émotions qui les accompagnent sont-ils vécus et compris en termes de dépaysements en un sens négatif. Ces nouvelles formes d’errances douloureuses risquent d’obstruer les possibilités du devenir, de verrouiller les imaginaires, de réduire le champ de nos capacités, d’empêcher l’agir individuel et collectif, et, finalement, de rendre l’aventure humaine vaine, absurde ou impossible.

Pour autant, un « travail du désespoir » (Joanna Macy) est également à l’oeuvre dans une multiplicité de mobilisations et d’engagements que l’on voit naître et s’essayer en même temps que cette période critique se creuse. Certains tentent de mettre en place des expérimentations territoriales favorisant l’entraide et la coopération, en rétablissant la pratique des communs (les habitants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes), ou travaillent au développement de pratiques de soin envers les plus vulnérables – humains et non humains – dans l’héritage des éthiques du care (les écoféministes et les zooféministes) ; d’autres cherchent à renouveler la démocratie en articulant davantage représentativité et participation (les habitants de Seveso en Italie – Laura Centemeri) ; d’autres encore revendiquent des identités plurielles et non genrées, certains enfin appellent au renouvellement de nos rapports au savoir et repensent les modalités de leur construction (Isabelle Stengers).

Mais qu’en est-il de certaines formes d’art dans ce mouvement de mobilisation et d’engagement, comment peut-on les situer, les envisager ?

Il en est une qui constitue un terrain de jeu symbolique précieux en contexte de décompositions des mondes (RoseLee Goldberg), c’est celle de la performance. En tant qu’art de l’éphémère, art du corps vivant, activant des protocoles expérimentaux, la performance
peut être interprétée comme une forme de mobilisation éthique, politique et écologique. Elle est un point d’entrée vers ce « travail de désespoir » que ce colloque entend interroger. Nous étudierons donc sa place, son rôle et ses pouvoirs d’action en faveur d’un monde meilleur. Nous examinerons la nature des dépaysements que sa pratique (qu’elle soit celle des artistes ou celle des spectateurs) augure en termes d’alerte, de sensibilisation mais aussi en termes d’invention d’un présent et d’un avenir acceptable et vivable.

La pratique performative, en explorant ce à quoi l’on tient (Émilie Hache) ou ce qui compte pour nous (Sandra Laugier), en tentant de nouvelles expériences par le corps et en contexte, permet de « recréer un appétit du possible » (Isabelle Stengers). Dans cette
perspective, c’est bien de sa dimension réparatrice dont il sera question lors de ce colloque, dans la mesure où cette activité met à l’épreuve nos puissances créatives, imaginaires et d’action, nos capacités à dessiner des alternatives à des situations qui semblent sans issues, à refaire paysages et à retrouver le plaisir d’une existence aventureuse.

 

Trois axes seront explorés dans le cadre de ces rencontres : 

Le premier considère les expérimentations performatives révélant les enjeux politiques post-coloniaux, tels qu’ils ont été énoncés par exemple par Edouard Saïd, Franz Fanon ou encore Aimé Césaire, dans la perspective d’oeuvrer à une sortie des rapports de domination
Nord-Sud, de la représentation d’une suprématie des blancs occidentaux, tout en participant à la reconnaissance des identités hybrides et des processus de créolisation dans lesquels nos modes d’individuation et d’existence s’insèrent.

Un deuxième axe s’intéresse aux formes performatives activistes de la contestation politique et écologique. Nous verrons comment l’art de la performance est convoqué aujourd’hui en tant qu’approche critique du capitalisme néolibéral mais aussi comme force de
transformation de nos représentations et pratiques au niveau individuel et collectif.

Un troisième axe explore les façons dont la performance propose des expériences de retissages des espaces publics pour intensifier leur puissance politique et tenter de pallier les risques de dévitalisation démocratique en contexte de crise sanitaire.

Les trois axes du colloque font suite à un premier temps d’échange rassemblant artistes et théoriciens de l’art qui a eu lieu à l’École supérieure d'art et de design TALM Le Mans autour de nos liens aux êtres non humains. En 2022, ils seront succédés de trois autres : le premier portant sur les identités de genre, le deuxième sur les migrations et l’exil, le troisième sur la place des rituels dans la réactivation des communs.

 

Le programme de recherche « Performances, dépaysements, réparations » s’inscrit dans un programme plus large intitulé « Tempête » co-dirigé par Clovis Maillet (historien de l’art et enseignant à l’Esad TALM-Angers) et Rachel Rajalu (philosophe et enseignante à l’Esad TALM-Le Mans) ; il est soutenu par le Ministère de la Culture dans le cadre de l’Appel à projets recherche des écoles d’art et de design. Il bénéficie également du soutien de l’UCO-Angers, du CEMS de l’EHESS, de l’École d’art et de média de Caen-Cherbourg, des Quinconces l’Espal, scène nationale et du Carré Plantagenêt, Musée d’archéologie et d’histoire du Mans.

 

Comité d'organisation
Chercheurs UCO
Chercheurs Hors-UCO

Rachel RAJALU (Esad TALM-Le Mans)

Comité scientifique
Chercheurs UCO
Chercheurs Hors-UCO

Rachel RAJALU (Esad TALM-Le Mans)

 

Programme du colloque

 

Jeudi 2 décembre 2021

Le Mans - Musée Jean-Claude Boulard (Carré Plantagenêt - Auditorium)
9h00-9h30

Accueil des publics

9h30-9h45

Ouverture du colloque par Christian MORIN (directeur de TALM-Le Mans)

9h45-10h00

Introduction par Rachel RAJALU (docteure en esthétique et études théâtrales, professeure de philosophie et théorie de l’art à TALM-Le Mans)

10h00-10h45

Conférence inaugurale par l'invité d'honneur Johann MICHEL (philosophe et politiste, professeur à l’Université de Poitiers) : « Les fonctions réparatrices de l’art »

10h45-11h00

Pausé café

11h00-13h00

Session 1 : De la créolisation des corps : féminismes, genres, histoire(s) coloniale(s) et postcoloniale(s)

Conférence de Pauline BOIVINEAU (docteure en histoire, maîtresse de conférences en Arts du spectacle à l’Université catholique de l’Ouest d’Angers) : « Féminismes ! Affirmations esthétiques et politiques dans le champ chorégraphique »

Conférence de Marine SCHÜTZ (docteure en histoire de l’art, maîtresse de conférences à l’Université de Picardie Jules Verne) : « Pratiques et imaginaires du soin dans les scènes artistiques postcoloniales de Bristol et Marseille »

Conversation avec Pélagie GBAGUIDI (artiste plasticienne et performeuse), par Marion DUQUERROY (docteure en histoire de l’art, maîtresse de conférences à l’Université catholique de l’Ouest d'Angers), Mathilde GANANCIA (artiste, professeure de peinture et dessin à TALM-Le Mans) et Rachel RAJALU

13h00-14h15

Pause déjeuner à TALM-Le Mans

14h15-14h30

Accueil des publics

14h30-17h00

Session 2 : Politiques et formes du nomadisme face aux injustices sociales et environnementales

Intervention de Clémence HALLE (artiste et doctorante à l’École normale supérieure au laboratoire Sciences, Arts, Création, Recherche) : « MississippiS : du voyage en canoë d’une institution culturelle à la question de l’exposition de la parole militante »

Intervention de Théo MERCIER (artiste plasticien et performeur) : « Écrire depuis l’espace / sculpter le regard / chorégraphier le public : autour des pièces Affordable Solution for Better Living et OUTREMONDE »

Intervention de Patricia ALLIO (artiste plasticienne, performeuse et écrivain) : « À propos de Autoportrait à ma grand-mère (2019) et de Dispak dispac’h (2021) »

Table ronde animée par Marion DUQUERROY, Mathilde GANANCIA et Rachel RAJALU

17h00-17h15

Performance sonore des élèves du DNSEP Design sonore, avec la participation de Rodolphe ALEXIS (créateur sonore, professeur de théorie et design sonore à TALM-Le Mans) et Thierry BALASSE (créateur de spectacles sonores et musicaux)

17h15-17h30

Pause café

17h30-19h30

Visite guidée du Musée Jean-Claude Boulard – Carré Plantagenêt

19h30

Banquet au TALM-Le Mans : « Dépayser les goûts » créé par À la Table du paysage, Sébastien ARGANT (paysagiste dplg), avec la participation des élèves des DNSEP Magma et Design sonore de TALM-Le Mans, sous le regard des artistes et enseignant·e·s Natsuko UCHINO, Noémie SAUVE, Rodolphe ALEXIS et Thierry BALASSE (sur invitation uniquement)

 

Vendredi 3 décembre 2021

UCO Angers - Amphi Bedouelle
9h30-10h00

Accueil des publics

10h00-12h30

Ateliers performance avec les artistes Abraham POINCHEVAL et Céline DOMENGIE (pour les élèves et étudiant·e·s de TALM-Le Mans et de l’UCO, sur inscription)

Visite guidée de la Tapisserie de l’Apocalypse au Château d’Angers par Nathalie LE LUEL (docteure en histoire de l’art, maîtresse de conférences à l’Université catholique de l’Ouest d'Angers) (pour les invités au colloque)

13h00-14h00

Buffet à l’Université catholique de l’Ouest – Maison des chercheurs (pour les invités)

14h00-14h30

Accueil des publics

14h30-14h45

Introduction par Marion DUQUERROY

14h45-16h45

Session 3 : Puissances et impuissances des arts de la performance dans les espaces publics

Conférence de Vanessa THEODOROPOULOU (docteure en histoire de l’art, professeure d’histoire de l’art à l’Esad TALM-Angers) : « Les difficultés de la dérive sont celles de la liberté »

Conférence de Céline DOMENGIE (artiste et docteure en arts plastiques) : « Connaissances par les souffles »

16h45-17h00

Pause café

17h00-17h45

Entretien avec Abraham POINCHEVAL (artiste), mené par Marion DUQUERROY

17h45-18h30

Conférence de clôture par l’invité d’honneur Johann MICHEL (philosophe)

18h30-19h00

Mot de fin par Rachel RAJALU

19h00

Cocktail

 

Entrée libre avec pass sanitaire.