Camp

Suivi de doctorat

Camp
Jérôme

Titre de thèse: 
• Approche psychanalytique du racisme en contexte capitaliste néo-totalitaire
Projet de thèse: 

Le discours de l’analyste ne produit pas race. Pourtant, la race est une catégorie à la fois sociale, économique et politique, véhiculée par les discours qui font lien social. Lacan nous rappelait ainsi que nous sommes tous racistes et que les discours nous assignent à des places symboliques, dont il est peu aisé de se dégager. Il s’agit du « racisme des discours en action ». Les questions et les débats liés à l’identité, les réunions non-mixtes excluant les Blancs, l’antiracisme à la française, l’universalisme, sont d’une actualité brûlante. Nous n’en avons donc pas fini avec la race, notamment traitée à travers la couleur de la peau.

La psychanalyse est une expérience qui nous renvoie à notre différence absolue, à la solitude de l’être, et nous désinscrit de tout ensemble imaginaire qui serait du côté de la race. La problématique de cette thèse de psychanalyse explorera comment l’éthique du désir émanant de l’inconscient, pourrait participer au débat publique et démocratique, et faire évoluer la ligne de couleur racisée. Avec pour point de départ un enracinement de la haine raciale dans ses dimensions narcissique, d’Idéal du Moi blanc, et de haine de la jouissance de l’Autre. Cet Autre étranger qui jouirait là où le sujet ne le pourrait complètement.

La race à travers le signifiant-maître Blanc (S1), et ses dérivés autour de la blanchité, fait toujours point de capiton pour les sujets pris dans le discours social, soit les parlêtres aux prises avec la logique du signifiant. D’autres signifiants (S2) peuvent définir le sujet : le genre, la classe socio-économique, la parentalité. Les sciences sociales parlent d’intersectionnalité qui fait aussi débat. L’enjeu pour le sujet de l’inconscient et pour le citoyen, est donc de pouvoir se définir au-delà du lieu de la race auquel il est assigné par le discours de l’Autre social. Nous tenterons de démontrer que la social-démocratie occidentale dissimule des relents totalitaires avec un appel au maître féroce, soit un Autre néo-totalitaire. Autrement dit, notre système biopolitique et nécropolitique, serait intimement lié à la race, et la copulation du discours de la science avec le discours capitaliste accoucherait aussi de la race.

Afin d’explorer le racisme en contexte capitaliste comme point de franchissement possible, nous proposons plusieurs hypothèses de travail. Premièrement, nous posons que le capitalisme néolibéral, la société post-moderne et le discours racial, ont ce point de convergence qui tendrait insidieusement vers un modèle absolu de déségrégation, comme le furent les camps de concentration. Soit une pulsion de mort exprimée dans l’indifférence, voire l’anti-racisme. Deuxièmement, les auteurs s’accordent à dire que la racialisation des citoyens est au service du capitalisme néolibéral. Sans contester ce point de vue, nous proposons un renversement de perspective, à savoir : les discriminations basées sur la race ne serait plus le simple moyen ou l’effet de l’exploitation capitaliste, mais le racisme se nourrirait du capital, ainsi de la plus-value, c’est-à-dire du plus-de-jouir. En effet, partant du discours capitaliste qui ne produit pas de lien social, ce dernier n’est pas sans produire des algorithmes, certes impossibles, mais aux effets repérables néanmoins dans la vie psychique. Aussi, nous proposons l’hypothèse que le racisme produit de facto par le sujet pris dans le signifiant, pourrait aussi s’entendre comme un mal structurel et nécessaire, lequel utiliserait le capitalisme comme moyen d’asseoir son hégémonie blanchâtre, dans le prolongement de l’impérialisme et du colonialisme. Ce qui induirait un racialisme lequel organiserait les modes de jouissance grâce au discours capitaliste. Nous soulignerons avec insistance comment la haine de la jouissance de l’Autre comme lieu extime, s’origine avant tout dans la haine de sa propre jouissance chez le sujet. Troisièmement, nous tenterons de démontrer en quoi il y aurait une homologie de structure entre la place de rebus de l’analyste dans son discours et celle du sujet racisé dans le discours racial. Ce dernier point, nous l’espérons, pourrait ouvrir d’autres perspectives en lien avec le plus-de-jouir, le signifiant-maître Blanc, et le désir de l’inconscient. En somme, le savoir insu fondé sur la race, pourrait renvoyer le sujet citoyen à sa vérité, en tant qu’il est soumis à la castration, et non uniquement sous perfusion artificielle de la lathouse capitaliste néolibérale. Soit un citoyen du côté de l’être qui désirerait à partir de son inconscient, plutôt qu’un consommateur en quête insatiable d’objets matériels du côté de l’avoir.

Après avoir également interrogé les critiques de l’anti-racisme à la française, nous prendrons comme contre-exemple clinique un autre pays au passé esclavagiste et migratoire bien marqué, à savoir le Brésil. Malgré l’omniprésence des discriminations et des crimes raciaux aujourd’hui encore dans la société brésilienne, il est à noter que les psychanalystes locaux parlent d’une ligne de couleur mouvante, avec un effet de blanchiment de la peau visible dans le discours de l’Autre indexé à l’ascension socio-économique. Aussi, ces auteurs s’accordent à dire qu’il existe une distinction entre race officielle et race sociale, soit un glissement possible du S1 officiel faisant point de capiton vers des S2 circulant dans les relations sociales. Avec cette conclusion des psychanalystes qu’au Brésil, personne n’est définitivement noir ou toujours blanc. Ce traitement particulier du signifiant-maître Blanc et son glissement dans la chaîne signifiante, pourrait donc nous inspirer en France. Comment en comprendre le mouvement de nomination symbolique au niveau sociétal ?

Mots clés : racisme ; capitalisme ; démocratie totalitaire ; éthique du désir ; jouissance

Période de suivi: 
2019 - 2023
Directeur ou co-directeur (UCO): 
Directeur ou co-directeur (hors-UCO): 
Edilene Freire de Queiroz (UNICAP, Recife, Brésil)
Equipe de recherche: 
Doctorat: 
Psychanalyse
Niveau: 
D2