Fin du travail, fin de la vie ? Essence et sens de la retraite

TitreFin du travail, fin de la vie ? Essence et sens de la retraite
Type de publicationCommunications avec actes
Année de publication2019
Titre de la Conférence/colloqueTravailler, s'orienter : quel(s) sens de vie ?
Dates du congrès, colloque21-23 novembre
Auteur(s)Heslon, C., Chamahian A., Lessard E., Limoges J. et Ruiu-Renard L.
Université, organismeCNAM-INETOP, Université Paris-Descartes
Ville, PaysParis, France
Mots-clésFinitude, Identité personnelle, Identité professionnelle, Parcours, Retraite, Sens, Transition, Travail
Résumé

Sens et finitude ont partie liée. Si toute une tradition philosophique en découle, de Husserl à Heidegger, c’est sous l’angle psychologique et sociologique que ce symposium aborde la question, à propos d’un âge où la finitude s’impose au quart des habitants des pays occidentaux : celui de la retraite. En effet, deux finitudes s’y succèdent, dont l’une recouvre l’autre. La fin du travail d’abord. C’est la « première retraite ». La fin de la vie ensuite. C’est la « seconde retraite », faite d’accumulation de deuils et de progression du risque de dépendance. Quelles reconquêtes de sens à donner à ses activités et à sa vie lors de ce dernier temps de la vie longue ? C’est ce à quoi répondront, en fonction de leurs travaux de recherche, les six intervenants de ce symposium.

URLhttps://sens2019.sciencesconf.org
Texte complet

Introduction : Sens et finitude (10 minutes)

(Christian HESLON)

À la fin d’un amour, devant la fin de vie d’un être cher ou lors de la fin d’une période  professionnelle ou familiale, chacun a pu éprouver les liens étroits qui unissent sens et finitude. Surgissent alors spontanément toute une série de question sur le sens à conférer à cette période achevée, durant laquelle les choses semblèrent « aller de soi ». C’est d’ailleurs lorsque les choses cessent d’aller de soi qu’apparaissent les premières questions relatives au sens de ce que nous vivons ou faisons. La fin du travail de la « première retraite », et l’approche de la fin de la vie lors de la « seconde retraite », n’empêchent certes pas renaissances et rajeunissements : nouvelles activités pourvoyeuses de sens ; retour d’amours anciennes, à l’instar des vocations de jeunesse autrefois réfrénées ; reconquête du temps choisi, consacré à des réalisations désormais porteuses de sens. Mais ces renaissances elles-mêmes relèvent de la finitude, soit qu’elles la conjurent, soit qu’elles visent un accomplissement face à l’approche du terme. C’est pourquoi Laurence Ruiu-Renard décrira d’abord les rôles du sens dans la transition entre emploi et retraite, ce qui sera ensuite exploré, sous l’angle de l’identité, par Émilie Lessard. Aline Chamahian partagera alors ses recherches sur le retour à l’emploi des retraités québécois. Enfin, Jacques Limoges exposera ce qu’il nomme la dynamique du « quatrième tiers de carrière ».

 

1/ Le rôle du sens dans la transition entre l’emploi et la retraite (15 minutes)

(Laurence RUIU-RENARD)

Au sein d’une société hyper-centrée sur le travail, la transition emploi retraite revêt un intérêt particulier. Quelle est la place de l’être à la retraite ? Qu’est-ce-que signifie devenir retraité aujourd’hui ? Comment les individus qui se sont construits pour et dans le travail donnent-ils du sens à cette nouvelle étape de l’existence ? Dans un contexte de vieillissement de la population, le processus de la transition emploi retraite a la particularité de concerner un très grand nombre d’individus tout en demeurant une expérience singulière et profondément intime. Dans le cadre d’une recherche empirique, nous avons choisi d’explorer de façon qualitative le vécu de cette transition au travers d’une série d’entretiens menés auprès de femmes et d’hommes ayant pris récemment leur retraite. Cette enquête exploratoire dont les résultats seront présentés  dans le cadre de ce symposium avait pour but de recueillir le point de vue subjectif de ces individus en mettant en lien cette expérience unique avec le concept de sens issu de la psychologie existentielle (mise en sens de l’expérience et sens attribué, sens de la vie à la retraite). Des récits phénoménologiques, au plus près de leur voix, nous ont permis d’approfondir les liens circulaires à l’œuvre entre les différentes composantes du sens, à partir d’un modèle développé par Paul T. P. Wong (1998).

 

2/ Le passage à la retraite, une reconstruction identitaire ayant le sens pour médiateur (15 minutes)

(Émilie LESSARD)

La perte de l’identité professionnelle des seniors lors du passage à la retraite implique un bouleversement dans leur vie entraînant une redéfinition de soi menant parfois jusqu’à une souffrance psychique. L’ensemble des rôles sociaux sont à réécrire en même temps que les croyances sur le monde sont éprouvées et transformées. La gestion du temps libre, la libération des contraintes quotidiennes, la rencontre de plus en plus fréquente de la maladie, etc., influencent l’interprétation des expériences. Nous verrons comment un travail de formulation et d’intellectualisation par le sens sur les expériences présentes et passées, peut contribuer à la construction de la nouvelle identité de retraité et à un mieux-être à la retraite.  

 

3/ Le retour à l’emploi des retraités : redonner un sens à sa vie ? (15 minutes)

(Aline CHAMAHIAN)

À l’ère industrielle, le temps de la retraite a été institutionnalisé comme un temps situé en dehors du travail. Cette institutionnalisation fondée sur le critère d’âge a concouru à ordonnancer et standardiser les parcours de vie (Kohli, 1986). La modernité vient bouleverser ce « modèle institutionnel d’existence » (Beck, 2001). Les parcours de vie linéaires, segmentés, hiérarchisés et irréversibles se veulent peu à peu plus flexibles, réversibles et incertains (Cavalli, 2007). Le temps de la retraite n’échappe pas à ces mutations, tout en marquant encore un seuil objectif qui oriente le sens de l’existence. A partir d’une enquête sur les expériences individuelles de retour à l’emploi à l’heure de la retraite au Québec, cette communication s’attache à saisir le décalage qui s’opère entre la représentation d’un temps institutionnalisé – la retraite – dans lequel on se projette ou on s’engage de façon volontaire ou involontaire et les vécus individuels qui en découlent. Trois expériences typiques seront présentées : des situations de retraite involontaires et non anticipées qui conduisent à une certaine précarité et obligent à la reprise d’une activité rémunérée ; l’attachement – remis en question – des retraités pour la retraite comme temps traditionnellement consacré à soi, à sa famille et aux loisirs ; la projection de soi dans un temps de la retraite anticipé et redéfini comme liant « droit au travail » et « droit à la retraite ».

 

4/ Le « quatrième tiers » de carrière n’est pas un non-sens ! (15 minutes)

(Jacques LIMOGES)

Trente ans à étudier les « hors-emploi » ont permis d’identifier les sept retombées du travail (revenu, statut, rôle-clé, organisation du temps, gestion de l’espace, relations sociales, réalisations). Pour les acquérir, l’individu parcourt un univers fait des planètes École, Travail et Retraite en franchissant des stades regroupés en 3 tiers. L’espérance de vie augmentant, un espace béant apparait entre le travail et la retraite. Majoritairement les individus ne veulent ni rester sur la planète Travail, ni atterrir sur la planète Retraite, associée à une mort sociale. Un nouveau stade est donc requis : le 4ème tiers de carrière, une sorte de satellite artificiel entre les planètes Travail et Retraite qui, d’une part, récupère les retombées encore porteuses de sens pour l’individu et, d’autre part, emprunte certains éléments aux planètes École et Travail.  

 

Conclusion : Terminer, c’est dé-terminer du sens (5 minutes)

(Christian HESLON)

Terminer ces présentations sera aussi l’occasion de dé-terminer les différents sens du travail et de la vie au moment de la retraite, tels qu’identifiés par les cinq intervenants, orientés autour d’une réflexion sur les cinq sens de toute transition : transmission, transformation, transaction, transgression et transcendance.

 

Dialogue, débat et échanges avec la salle (15 minutes)

 

 

MOTS-CLÉS

 

Finitude / Identité professionnelle / Identité personnelle / Parcours / Retraite / Sens / Travail / Transition 

 

 

REPÈRES BIBLIOGRAPHIQUES

 

Beck, U. (2001). La société du risque : sur la voie d’une autre modernité. Paris : Aubier. (Original allemand, 1986)

Blanché, A. (2014). La retraite, une nouvelle vie. Une Odyssée personnelle et collective. Paris : Odile Jacob.

Cavalli, S. (2003). « Le parcours de vie : entre institutionnalisation et individualisation ». In S. Cavalli, J.-P. Fragnière (Eds), L’avenir. Attentes, projets, (des)illusions, ouvertures. Lausanne : Réalités sociales.

Chamahian, A. ; Lefrançois, C. (2012). Vivre les âges de la vie. De l’adolescence au grand âge. Paris : L’Harmattan.

Heslon, C. (2015). Accompagner le grand âge. Psycho-gérontologie pratique. Paris : Dunod (2ème éd.).

Kohli, M. (1986). « The world we forgot : A historical review of the life course ». In V.W. Marshall (Ed.), Later life. The social psychology of aging (pp. 271-303). Beverly Hills : Sage.

Laufer, D. (2013). L’année du Phénix. La première année de la retraite. Paris : Les liens qui libèrent.

Limoges, J. ; Levesque, J-L. (2010). Un quatrième tiers ? Ne décidez pas de la date de votre retraite avant d’avoir complété la démarche proposée dans ce livre ! Sherbrooke : GGC Éditions.

Loarer, E. ; Olry-Louis, I. ; Guillon, V. (2013). Psychologie du conseil en orientation. Bruxelles : De Boeck.

Wong, P. T. P. (1998). Implicit theories of meaningful life and the development of the Personal Meaning Profile (PMP). In P. T. P. Wong, & P. Fry (Eds.), The human quest for meaning: A handbook of psychological research and clinical applications (pp. 111-140). Mahwah, NJ: Erlbaum