Cinq années terribles, Entrer en guerre civile en Anjou : les notables à l’heure du choix (1792-1793)

TitreCinq années terribles, Entrer en guerre civile en Anjou : les notables à l’heure du choix (1792-1793)
Type de publicationCommunications avec actes
Année de publication2016
Titre de la Conférence/colloqueCinq années terribles
Dates du congrès, colloque15-17 juin
Auteur(s)Rolland-Boulestreau, A.
Ville, PaysClermont-Ferrand
Résumé

« Quand les nations participeront directement à la guerre, la guerre les enveloppera directement de toutes ses horreurs (…) Rappelez-vous dans l’histoire la barbarie des anciennes guerres, de ces guerres où le fanatisme et l’esprit de parti ont armé les peuples. Voilà ce que vous allez faire renaître ». En 1790, le comte Guibert exprime ses inquiétudes sur le remplacement éventuel d’une armée de métier par celle de citoyens-soldats. Selon lui, s’introduirait alors en France le temps des barbares.

En 1792, malgré la réticence de quelques révolutionnaires, tel Robespierre, la guerre est déclarée à l’Empire, puis à ses alliés. Les Français s’enrôlent alors comme volontaires, pour défendre la Patrie. Cette mobilisation ne suffit pas, d’autant que ces soldats engagés peuvent quitter les drapeaux à partir de décembre 1792. La Convention décrète pour le mois de février 1793 une levée de 300.000 hommes, reposant pour une bonne part sur le tirage au sort. Bien des départements refusent et cette mesure est vite comparée à l’ancienne milice honnie.

 

1792/1793 : année terrible pour la France à bien des égards. Pour ne retenir que trois principaux thèmes, un « pacte » social nouveau avait été proposé aux Français, passant du statut de sujets du Roi à celui de citoyens, usant (pour la plupart) de leur droit d’électeurs, au sein des départements, découpés selon des principes égalitaires. La place de la religion avait été repensée, dès les débuts de la Révolution, avec la mise en place de la Constitution civile du clergé. Les relations diplomatiques, enfin, reposaient sur une nouvelle idée de « déclaration de paix au monde », car « Tous les peuples libres sont français », selon Brissot à la barre de l’Assemblée constituante.

Les premiers revers militaires génèrent inquiétudes puis angoisses telles que le corps politique risque de se disloquer. Est visé en premier lieu la personne du Roi, en juin et surtout en août 1792, avec la prise des Tuileries et les massacres de septembre qui en découlent. La monarchie a vécu. L’Assemblée législative se saborde, au moment où la place de Verdun tombe.

La Convention nationale hérite de dossiers difficiles qui engagent l’avenir de la Révolution. Les tensions sont lourdes à Paris et en province. Le début de l’année 1793 en représente l’acmé, avec la naissance de la Vendée militaire. Un nouveau front, intérieur cette fois, s’ouvre dans l’Ouest de la France, où les jeunes gens refusent d’aller combattre aux frontières et la population proteste une nouvelle fois contre la réforme de l’Eglise catholique. La soudaineté du soulèvement des départements de Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Vendée et des Deux-Sèvres, frappe les Conventionnels. Certains, tel Barère en août 1793, parle d’ « inexplicable Vendée ». Et pourtant des représentants du peuple sur le terrain, comme Goupilleau et Richard, en parlent dès le 19 mars 1793 comme d’une « véritable guerre (…) En un mot, c’est une armée royale et papiste » qui s’est levée. L’administration de Loire-Inférieure écrit à celle du Morbihan, le 11 mars 1793, et lance ce vibrant appel : « Frères et amis, à notre secours ! Notre département est en feu. Une insurrection générale vient de se manifester ; partout on sonne le tocsin ; partout, on pille, on assassine, on brûle ; partout les Patriotes tombent victimes de la fureur et du fanatisme des révoltés ».

Du fait divers, la rapidité de l’émeute, muée en faits de guerre, témoigne des tensions accumulées. Au mois de mars 1793, dans ces départements, on assiste à un basculement de l’état de paix (relatif) à l’état de guerre. S’ajoute alors pour la République la nécessité d’affronter cette guerre civile qui, comme l’écrit Jean-Claude Caron, « n’impose ni déclaration, ni limitation de la violence, ni négociation ». Cette prise d’armes est propre à une région, sans pouvoir en délimiter précisément les contours au début de l’insurrection. Quelques noms de leaders se distinguent. Ils arrivent à entraîner, par leurs premiers succès, une bonne part de la population locale.

 

A partir de ces deux entrées en guerre bien différentes, entre 1792 et 1793, il s’agira d’analyser les attitudes des populations et des politiques, de comparer les méthodes adoptées et les moyens mobilisés pour faire front à cette crise sans précédent, ainsi que de s’interroger sur les représentations de l’ennemi. Comment la guerre pèse sur le social et le politique ? Face à un idéal national tracé entre 1789 et 1792, de quelle manière des événements imprévus conditionnent à la fois la conduite de la guerre, les réformes de l’Etat et la représentation de l’avenir de la Nation. Comment peut-on refonder, recomposer, rassurer et réinventer un futur pour une France qui semble assiégée par les coalisés et les ennemis de l’intérieur ?

Comte de Guibert, De la force publique considérée dans tous ses rapports, 1790.

le 22 mai 1790 : déclaration de paix au monde par l’ass constituante,

sous influence de Brissot : « La nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans le but de faire des conquêtes et n’emploiera jamais ses forces contre la liberté des peuples ».

DENIAU, volume I, p. 571.

DENIAU, volume I, p. 565. 

CARON J.-C., Frères de sang, La guerre civile en France au XIXe, La chose publique, Champ Vallon, 2009, p. 61.