Après le coronavirus : quels avenirs pour l'orientation et la formation tout au long des nouvelles vies adultes ?

TitreAprès le coronavirus : quels avenirs pour l'orientation et la formation tout au long des nouvelles vies adultes ?
Type de publicationArticle
Année de publication2020
LangueFr.
Titre de la revueINFFO Formation
Numéro989
Pagination20-21
Date de publication1er juin
Auteur(s)Heslon, C.
Texte complet

Après le coronavirus :

quels avenirs pour l’orientation/formation 

tout au long des nouvelles vies adultes ?

 

 

 

par Christian HESLON,

Maître de conférences Habilité à diriger des recherches en psychologie (UCO-Angers)

Chercheur permanent « INETOP-Psychologie de l’orientation » (CRTD, CNAM-Paris)

UNESCO-UNITWIN Lifelong Interventions for Decent Work (Wroclaw, Pologne & Lausanne, Suisse)

Centre International de Recherche et d’Aide au Développement (CIRAD, International Federation of Catholic Universities)

christian.heslon@uco.fr

https://recherche.uco.fr/chercheur/126/christian-heslon

 

 

 

 

« Chacun court ailleurs et à l’avenir,

d’autant que nul n’est arrivé à soi. »

 

Montaigne, Essais, Livre III (1588).

 

 

 

Après une Thèse soutenue en 2004 à Sherbrooke au Québec, qui donna lieu à une Petite psychologie de l’anniversaire publiée en 2007 chez Dunod, j’ai peu à peu développé une « psychologie des nouveaux âges de la vie adulte » qui donna lieu à l’Habilitation à Diriger des Recherches en psychologie soutenue en 2020 au CNAM-INETOP à Paris. Invitant à prendre en compte l’âge subjectif plutôt que l’âge d’état-civil, cette psychologie interroge également nos temporalités actuelles, moins tournées vers l’avenir ou déterminées par le passé qu’envahies par le présent. En découle une analyse des remaniements identitaires au cours de l’avancée en âge ainsi que des modalités d’accompagnement des crises existentielles et des transitions de vie.

 

Et voilà que survint l’épidémie de coronavirus. Jusqu’alors toujours plus longues, plus mobiles et plus connectées, nos vies adultes en ressortent potentiellement écourtées, immobilisées et aliénées aux écrans. À l’heure où j’écris, j’ignore quelles leçons en auront été tirées. L’une d’elles pourrait être de repenser la succession des trois temps de la vie qui régissent encore nos institutions et nos imaginaires : 1/ L’école ; 2/ Le travail ; 3/ La retraite. 

 

Le travail, en tant qu’emploi source de rémunération, s’est déjà considérablement raréfié, ne représentant désormais guère plus que 20% de nos vies (https://gestion-des-temps.bodet-software.com/ages-temps-de-travail-repenser-travail-regard-de-vie-entiere/). Le voilà même stoppé ! Il n’est donc plus raisonnable d’en faire la principale source de revenus, d’identité, d’utilité sociale et d’organisation de l’ensemble des âges de la vie. L’école s’est prolongée, jusqu’à 20, voire 25 ans, sans tenir toutes ses promesses. Quant à la retraite, dont le coronavirus a balayé le débat sur l’« âge-pivot », elle dure entre un quart et un tiers de la vie (https://recherche.uco.fr/sites/default/files/fichiersbibliographiques/fichier-126-4563-1771-.pdf).

 

C’est pourquoi le moment est venu de repenser nos logiques et nos dispositifs d’orientation/formation tout au long de la vie. Plutôt que les centrer autour de l’emploi en laissant les temps vacants aux bons soins du hasard (congés, chômage, retraite), le moment n’est-il pas venu de penser simultanément les trois temps de la formation, de l’activité et du répit, afin de les alterner tout au long de la vie, dès 16 ans jusqu’à 80 ans et plus ? Se former moins longuement en début de vie, commencer plus tôt à mener des activités, de nouveau se former, longuement si nécessaire, à 30, 50 ou 70 ans, tout en bénéficiant d’années de répit à 25, 35 et 45 ans, plutôt qu’attendre patiemment 64 ou 67 ans avant d’accéder à la retraite ?

 

Tout cela existe déjà plus ou moins : années de césure, congés d’éducation ou de formation, transitions par le chômage, statuts hybrides (intermittent, intérimaire, autoentrepreneur), années sabbatiques, retraités actifs (élus, bénévoles, grand-parents), etc. Ne reste alors plus qu’à normaliser le tout, en vue d’une vie plus riche en existence à chaque âge, plutôt qu’une politique de l’orientation/formation tout au long de la vie uniquement organisée autour du double mirage désormais vain de la croissance pourvoyeuse d’emploi et de la centralité du travail dans la vie.

 

Parmi les résultats de recherche qui pourront concerner les lecteurs d’Inffo-Formation, je leur suggère de se référer au n° 215 d’Éducation Permanente concernant l’« autoformation dans la société de l’accélération » :  nous n’imaginions pas en 2018 annoncer le printemps 2020 ! (https://www.ressources-de-la-formation.fr/index.php?lvl=notice_display&id=68650).  Signalons aussi mes réflexions confrontant mes recherches sur la formation-orientation, la vie adulte et l’actualité : https://www.linkedin.com/pulse/nos-vies-retranchées-2-aux-limites-de-lâge-christian-heslon/.

 

 

Pour en lire plus :

Bernaud, J-L. (2019). Introduction à la psychologie existentielle. Paris : Dunod.

Heslon, C. et al. (2018). Autoformation et société de l’accélération. Éducation Permanente, 215, 2018-2. http://www.education-permanente.fr/public/articles/articles.php?id_revue=1751

— (2017). Les âges de la vie au travail. Repenser les carrières et les générations pour repenser le travail. Carriérologie, 13, 299-466. https://recherche.uco.fr/publication/ID-UCO-1012