Une Initiation à la Philosophie de l’Antiquité Tardive : les leçons du Pseudo-Elias

TitreUne Initiation à la Philosophie de l’Antiquité Tardive : les leçons du Pseudo-Elias
Type de publicationOuvrage
Année de publication2007
LangueFrançais
CollectionVestigia. Pensée Antique et médiévale 34
Auteur(s)Mueller-Jourdan, P.
EditeurEditions du Cerf - Academic Press Fribourg
VilleParis - Fribourg
Résumé

Préface de Christian Wildberg, Princeton University, USA

Dans cet ouvrage, Pascal Mueller-Jourdan nous offre la première traduction en français de cours d’initiation à la philosophie, enseignés quelque part dans l’Empire byzantin, il y a environ 1400 ans, soit à la fin du 6è, soit au début du 7è siècle. Ces leçons avaient pour objectif d’introduire les étudiants à la philosophie, telle qu’elle était entendue à cette époque, et devaient plus précisément les préparer à la technicité de l’Isagogè de Porphyre. Nous ne savons pas exactement où ces cours eurent lieu, mais nous pouvons dire avec certitude que la méthode d’instruction et les doctrines doivent beaucoup à la tradition philosophique néo-platonicienne d’Alexandrie qui prospérait environ un siècle auparavant. Le nom du professeur qui dispensa ces leçons nous est également inconnu. Mueller-Jourdan suggère qu’un nombre d’allusions dans le texte s’accorde bien avec l’hypothèse selon laquelle ces cours furent donnés à Constantinople, et que l’auteur puisse avoir été Etienne d’Alexandrie, à qui l’Empereur Héraclius (610-641) offrit une chaire de philosophie à l’Université de la capitale.

Si l’auteur devait effectivement être Etienne, le contenu du cours ne révèle cependant pas facilement ses convictions religieuses. Ceci prouve, tant l’aisance avec laquelle l’élite chrétienne s’appropriait les méthodes et les aspirations de la philosophie grecque, que les limites de ces appropriations. En effet, au 5è et 6è siècle, quelques païens s’efforçaient d’endiguer la marée de culture judéo-chrétienne qui s’apprêtait à les submerger. Le niveau d’érudition et de connaissance, évident dans les commentaires des professeurs païens tels Ammonius et Simplicius, était beaucoup plus élevé que celui dont témoignent les présentes leçons. Ce fait ne devrait néanmoins susciter aucun dénigrement des philosophes byzantins chrétiens. Il ne faut pas oublier que des professeurs comme le ‘Pseudo-Elias/Etienne’ répondaient avant tout aux demandes d’une culture qui considérait les Saintes Ecritures – et non les œuvres de Platon et d’Aristote – comme l’incarnation même de la sagesse.

Dans un sens, le texte traduit ici par Mueller-Jourdan devait non seulement être une initiation à la philosophie, mais très probablement une étape préparatoire à une carrière dans l’Empire byzantin. Les élites de l’Eglise et de la Cour éprouvaient un grand besoin de formation philosophique, même rudimentaire, afin de comprendre les controverses obscures de l’anthropologie, de la théologie et de l’eschatologie chrétiennes, et souhaitaient pouvoir y participer. On ne peut que constater la vaste contribution de ces professeurs (païens et chrétiens) qui consacrèrent leur vie à sauvegarder la philosophie grecque, et devaient ainsi parvenir à insuffler un minimum de rationalité aux débats théologiques tardo-antiques. Il est sûr qu’à cette époque, on ne pouvait pas viser une brillante carrière en consacrant sa vie intellectuelle aux œuvres des philosophes païens, et encore moins à celles de Porphyre, qui fut, comme on le sait, un fervent critique du Christianisme. Toutefois, on peut se demander quelle voie l’histoire des dogmes chrétiens aurait prise sans eux. Nous sommes, nous-mêmes, indubitablement redevables à ces personnalités, d’une part parce qu’elles cultivaient la loi de la raison à une époque où la vie intellectuelle était menacée par une homogénéisation religieuse sans précédent, d’autre part parce que ces hommes (sans oublier les femmes) célèbres ou anonymes préservèrent pour nous la philosophie ancienne que nous apprécions tant aujourd’hui grâce à la continuité de la tradition manuscrite. Dans son livre, Pascal Mueller-Jourdan nous traduit remarquablement un discours philosophique adressé à un groupe d’étudiants chrétiens byzantins.

URLhttps://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/8442/R.Debray