« La fin bienheureuse par laquelle toutes choses ont été constituées [Τοῦτό ἐστι τὸ μακάριον, δι' ὃ τὰ πάντα συνέστησαν, τέλος]» opérante et opérée dans la synaxe liturgique. Une lecture de la Mystagogie de Maxime le Confesseur.

Titre« La fin bienheureuse par laquelle toutes choses ont été constituées [Τοῦτό ἐστι τὸ μακάριον, δι' ὃ τὰ πάντα συνέστησαν, τέλος]» opérante et opérée dans la synaxe liturgique. Une lecture de la Mystagogie de Maxime le Confesseur.
Type de publicationCommunications sans actes
Année de l'intervention2021
LangueFrançais
Titre de la Conférence/colloqueLa síntesis patrística del bien común
jour/mois du congrès, colloque26 février
Auteur(s)Mueller-Jourdan, P.
Université, organismeDepartamento de Ciencias Politicas, Universidad Popular Autónoma del Estado de Puebla (UPAEP), Mexico
Ville, PaysPuebla, Mexico
Résumé

La pensée de Saint Maxime, moine érudit et confesseur du VIIe siècle byzantin, est foncièrement kérygmatique. Les conditions présentes d’existence ne sauraient être comprise qu’à la lumière du salut. Notre condition est une condition déchue. L’homme n’a plus accès au sens de son existence. Il n’est plus en mesure de comprendre la fin pour laquelle il fut à l’origine créé. Ce n’est que dans le Mystère du Christ en ce qu’il est aussi la figure restaurée de l’Adam originel que notre véritable nature, son sens et sa fin nous sont à nouveau restitués.[1] Et c’est dans l’Église que se réalise d’une part, la restauration de la nature enfin rendue à elle-même et que se réalise, d’autre part, l’accomplissement et la destinée de tout homme, à savoir l’union de tous et de chacun avec Dieu et la communion de ceux qui partagent cette union. Il n’est pas de nature authentiquement elle-même si elle n’a pas été guérie et rétablie dans son intégrité originelle. Il n’est pas de guérison et de rétablissement en dehors du Mystère du Christ, et donc pas de salut en dehors de l’Église qui est son corps, seul lieu où se réalise le Mystère du Christ en qui notre nature est réhabilitée et promise à la vie divine.

Comme la plupart des Pères de l’Église d’Orient, Maxime ne saurait envisager un ‘bien commun’ en dehors du plan divin réalisé, ou du moins un bien commun qui ne soit directement référé à la vie divine promise. Or, et il est capital de le dire d’entrée, la fin n’est pas une catégorie du futur mais la manifestation présente de la fin pour laquelle nous avons été créés. La fin est opérante et opérée dans les conditions présentes d’existence. Elle opère dans l’Église qui manifeste le Mystère du salut dans les conditions présentes d’espace et de temps. La nature y apparaît comme restaurée et la fin comme opérante et opérée au travers des symboles de la diataxis liturgique, autrement dit dans la succession ordonnée des rites sacrés qui manifestent, à même la réalité sensible, matérielle et corporelle, le salut de toute la création.

Cette réalisation, réelle si l’on nous autorise cette tautologie, loin de dégager l’homme de ses responsabilités séculières présentes, restaure en lui des capacités de connaissances, des ressources de communion et de charité appliquée qui, bien qu’originellement inscrites dans sa nature bonne ne lui sont plus présentement accessibles sans que le Christ en son mystère ne les lui restitue. Il y dans la conception maximienne de l’ecclesia une puissance de communion restaurée entre toutes les créatures et, dans le Christ comme centre de tout le créé, une convergence de tous ceux qui, du fait de leur nature mouvante et de leur errance, ne connaissaient plus que guerre, lutte et opposition réciproque.

La divine liturgie, pour Maxime, opère cette transformation qui transcende tout ce qui s’exprime aujourd’hui sur le mode de différences apparemment irréconciliables et d’oppositions en repositionnant tous les êtres entre leur origine commune et leur fin commune. 

 

Nous chercherons à montrer comment, pour Maxime, c’est dans l’Église et dans la Divine Liturgie que l’humanité atteint dès à présent, dans la sainte synaxe, ce qui constituera son bien le plus commun, son accomplissement, lorsque Dieu sera tout en tous. Un texte central occupera notre attention : la Mystagogie. Son titre rapporté par la tradition manuscrite est : « De la Mystagogie ecclésiastique. De quoi sont symboles les actes accomplis dans la sainte Église lors de la divine synaxe ».[2]

Après une brève présentation de la Mystagogie, qui nous permettra d’avoir une vue plus précise de notre document de travail, nous poserons le cadre général du dessein divin tel que Maxime le conçoit et tel que l’Église byzantine l’a conservé depuis. Nous examinerons ce qu’il en est de la condition présente que connaissent les hommes dans leurs rapports réciproques, mais également dans les rapports qu’ils ont avec toute la création. Nous serons ainsi en mesure de saisir avec plus d’acuité ce que le moine byzantin donne à comprendre de la fin visée dans le Mystère du Christ, et les moyens rituels et liturgiques d’y parvenir. Nous pourrons alors nous pencher sur ce qu’une telle approche mystérique du réel apporte à l’homme qui se trouve pour l’heure encore engagé dans le siècle dans lequel pourtant, synaxe après synaxe, fait irruption la grâce du Royaume dorénavant donnée.[3]

 

[1] Cf. Maxime le Confesseur, Expositio orationis dominicae 135–144 (Van Deun éd.)

[2] Voir la brève notice de Peter Van Deun dans, La théologie byzantine et sa tradition, vol. I,1 (VIe-VIIe), C.G. Conticello éd., Turnhout, Brepols Publishers, Corpus Christianorum, 2015, p.405–408.

[3] Cf. Myst 8.612–613 : « Il nous réintroduisit dans la grâce de son royaume que nous possédions à l'origine ».