La divinisation transcendant les limites spatiales et temporelles de l’être créé. Apories et solution ressortissant à l’eschatologie de Maxime le Confesseur

TitreLa divinisation transcendant les limites spatiales et temporelles de l’être créé. Apories et solution ressortissant à l’eschatologie de Maxime le Confesseur
Type de publicationArticle
Année de publicationSOUS PRESSE
LangueFrançais
Titre de la revueWarszawskich Studiów Teologicznych
Auteur(s)Mueller-Jourdan, P.
Résumé

Introduction : contexte et problématisation

Depuis plusieurs années maintenant, la catégorie de lieu mais surtout celle de temps ont suscité la curiosité de nombreux spécialistes de l’œuvre de Maxime le Confesseur dont la pensée marque sans doute un tournant majeur entre la période des grands conciles œcuméniques et la lente constitution d’une théologie proprement byzantine dont le caractère de plus en plus systématique et construit se donne surtout à voir dans l’immense Source de la connaissance de Saint Jean de Damas. Nous pourrions penser que tout a été dit sur ces deux catégories dans l’œuvre du Confesseur. On pourrait par ailleurs se demander quel peut être l’intérêt d’étudier des notions qui ressortissent à la physique plutôt qu’à la théologie et à la spiritualité. 

Pourtant, les concepts de lieu (τόπος) et de temps (χρόνος) sont directement corrélés à la théologie de la création et sont même qualifiés de condition sine qua non de l’être des étants. Mais bien que ces catégories assument ce statut tout à fait capital pour la conception du créé dans la théologie maximienne, elles paraissent comme disparaître lorsque, à la fin des temps, la nature aura été, par grâce, conjointe au Verbeselon l’expression de Maxime dans la Question à Thalassios 65.[1]

Qu’en est-il dès lors de ce qui constitue originellement la spécificité de la nature créée, et de la nature créée en tant que créée, si ce qui la spécifie eu égard à l’incréé, si ses conditions nécessaires d’existence, à savoir le lieu et le temps, ne sont plus ? Ce qui constitue intimement aujourd’hui la nature créée sera-t-il, un jour, définitivement caduc ?

S’il est difficile et probablement impossible de trancher avec certitude ces questions, il est sans doute nécessaire d’en bien circonscrire les termes de façon à mieux saisir ce qu’il en est pour Maxime du statut originaire de la création mis en perspective avec son statut final.

Nous verrons d’ailleurs en parcourant une section de la Question à Thalassios 65 qui semble annoncer pour la fin des temps, la caducité du lieu et du temps, du moins au sens où nous pouvons les comprendre et les expérimenter aujourd’hui, que ce qui dans tous les cas et avec certitude cesse, c’est le caractère précaire d’un mouvement cause d’instabilité et d’altération pour toute réalité créée qui est par nature mobile et donc changeante. Nous verrons que le cœur du problème porte moins sur l’apparente disparition du lieu et du temps comme conditions nécessaires à la substance des êtres que sur la transformation du mouvement et, de facto, sur la transformation de ce qui présentement le mesure, à savoir le temps.  Il est, en effet, admis par tous les auteurs de l’Antiquité tardive, que le temps est la mesure du mouvement et qu’il l’est, présentement, selon l’antériorité et la postériorité.[2] On fait unanimement le constat depuis Aristote que : « le temps est en soi cause de destruction, puisqu’il est nombre du mouvement et que le mouvement défait ce qui est ».[3] Cette thèse est d’ailleurs attestée chez Maxime le Confesseur lorsqu’il affirme dans le prologue de la Mystagogie : « Tu as voulu avoir un écrit pour remède à l’oubli et secours de la mémoire. Tu disais qu’elle avait naturellement le temps pour destructeur et qu’il pouvait insensiblement la dépouiller, par l’oubli, des bonnes choses qui s’y trouvaient, et même en faire disparaître toutes traces et images ».[4] Le temps est donc revêtu pour Maxime le Confesseur aussi d’un fort coefficient négatif. Ceci n’est d’ailleurs pas sans présenter un certain paradoxe dans l’œuvre de Maxime dans la mesure où, comme nous l’avons dit, le temps est aussi la condition nécessaire à l’être des étants.

Notre recherche comprendra deux parties. La plus longue portera sur les modalités contingentes de l’être créé et sur le lieu et le temps comme expression de la finitude de ce dernier. La deuxième partie plus courte cherchera à comprendre ce qu’il en est des catégories de lieu et de temps et des limites inhérentes à la réalité créée à la fin des temps, lorsque la nature se sera unie au Verbe de Dieu par grâce. Le corps de l’homme, lieu central de l’expérimentation de la contingence et des limites inhérente à la vie humaine, aura alors embrassé le statut de la chair ressuscitée du Verbe.

 

[1] Cf. Maxime le Confesseur, Ad Thalassium LXV. 522-523, Laga-Steel (éds.).

[2] Cf. Aristote, Physica IV, 219b 1–2.

[3] Aristote, Physica IV, 221b 1–3.

[4] Maxime le Confesseur, Mystagogia 12–18, Ch. Boudignon éd.