Aller au contenu principal
Colloque international

1947-2027 – Revenir à « La Peste ». Enjeux actuels d'une chronique inactuelle.

1947-2027 – Revenir à « La Peste ». Enjeux actuels d'une chronique inactuelle.

À l'occasion des 80 ans de la parution de La Peste d'Albert Camus, ce colloque pluridisciplinaire propose de revenir sur un roman dont la « modernité » continue de se révéler au gré des crises sanitaires, sociales, écologiques et politiques contemporaines. Dans un recueil publié de manière posthume en 2020, Jean Starobinski écrivait en effet au sujet de La Peste : « ce n'est pas un livre intemporel, c'est un roman de la modernité [1] ».

Depuis le colloque de Malagar (Il y a cinquante ans La Peste de Camus [2]), aucun événement d'envergure n'a été entièrement consacré à ce texte majeur. Or, la pandémie de COVID‑19 a récemment ravivé l'intérêt pour le roman, dont la réception s'est immédiatement imposée par son étonnante résonance avec notre présent. Camus confiait à Roland Barthes que La Peste devait « servir à toutes les résistances [3] » : l'actualité en a offert une nouvelle démonstration.

Les travaux récents consacrés à La Peste [4] montrent que ce texte n'a pas épuisé ses potentialités d'interprétation. « Comment vivre par temps de catastrophe ? Tel est le véritable sujet de ce roman [5] » déclare ainsi André Abbou dans un essai invitant à Relire La Peste. Pour Alice Kaplan et Laura Marris, c'est à l'épreuve de la pandémie que « notre réalité est entrée par surprise en résonnance avec l'allégorie de Camus, dont elle a modifié les échos et renforcé la justesse [6]. » Selon Marylin Maeso, qui relit le roman à la lumière des enjeux contemporains, La Peste est une profonde réflexion sur les rouages d'une « déshumanisation rampante, dangereuse parce que silencieuse [7] » dans nos sociétés : cette chronique aide à penser toutes les mécaniques anthropologiques à l'œuvre derrière les discriminations (racisme, homophobie, antisémitisme). En 1962, dans sa préface à l'édition américaine du roman, Romain Gary ne déclarait-il pas déjà que ce« roman-prophétie », vibrant « d'une vive pulsion de réalité », ne pouvait se limiter à sa seule dimension « symbolique [8] » ? 

Tout récemment encore, Patrick Boucheron dans une approche transversale, a revisité la grande épidémie [9] qui a traversé l'Europe au Moyen-Âge en la traitant comme un événement-monde. Quelques pages sont consacrées à Camus [10]. Les recherches de Marie-Thérèse Blondeau [11] ont montré à quel point Camus s'était appuyé sur des sources historiques et médicales nombreuses pour nourrir son roman afin de l'inscrire dans une forme d'universalité mythique dont Jacqueline Lévi-Valensi [12] a brillamment analysé les enjeux, favorisant ainsi sa constante réactualisation et sa longévité. Les nouvelles formes d'appropriation (manga [13], adaptations télévisuelles [14]) en témoignent, soulignant la vitalité culturelle de ce récit, y compris à l'international comme le prouvent ses récentes retraductions (en italien [15], en anglais [16], en japonais [17], en arabe [18]).

Ce colloque entend :

  • interroger la modernité et l’actualité de La Peste 80 ans après sa publication ;
  • éclairer la manière dont différentes disciplines relisent aujourd’hui le roman et son mythe ;
  • confronter des approches littéraires, historiques, artistiques, linguistiques, philosophiques, sociologiques et culturelles ;
  • comprendre comment le récit camusien continue de structurer nos représentations de l’épidémie, du collectif et de la résistance.

 

Bibliographie

[1] Jean Starobinski, « Camus : vaincre la peste », Le corps et ses raisons, Paris, Seuil, 2020, p. 485. 

[2] Il y a cinquante ans La Peste de Camus, Cahier de Malagar, XIII, Bordeaux, Centre François Mauriac de Malagar / Société Internationale des Études mauriaciennes, automne 1999.

[3] Lettre d'Albert Camus à Roland Barthes, 11 janvier 1955, in Albert Camus, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, t. II, p. 287.

[4] Marylin Maeso, La petite fabrique de l'inhumain, Éditions de l'Observatoire, 2021 ; Jeanyves Guérin, Camus, La Peste et le coronavirus. Contribution à des humanités citoyennes, Paris, Honoré Champion, coll. Champion Essais, 2022 ; Alice Kaplan, Laura Marris, L'état de peste. Lire Camus à l'heure de la pandémie, Paris, Gallimard, coll. Arcades, 2023 ; André Abbou, Relire La Peste, Pézenas, Domens, 2023.

[5] André Abbou, Relire La Peste, op. cit., p. 142. 

[6] Alice Kaplan, Laura Marris, L'état de peste, op. cit., p. 12.

[7] Marylin Maeso, La petite fabrique de l'inhumain, op. cit., p. 58

[8] Romain Gary, « Préface à l'édition américaine de La Peste », L'affaire homme, Gallimard, Folio, p. 97-98.

[9] Patrick Boucheron, Peste noire, Seuil, coll. L'Univers historique, 2026.

[10] Ibid., pp. 383-385.

[11] Voir la notice de La Peste rédigée par Marie-Thérèse Blondeau dans le tome 2 des Œuvres complètes de Camus publiées chez Gallimard dans la Bibliothèque de la Pléiade, et plus particulièrement les pages 1134 et 1135.

[12] Jacqueline Lévi-Valensi, La Peste d’Albert Camus, Gallimard, Foliothèque, n° 8, 1991.

[13] Ryota Kurumado, Albert Camus, La Peste, Paris, Michel Lafon, coll. Kazoku, t. I, II et III, 2021 ; t. IV, 2022. 

[14] La Peste, série télévisée en quatre épisodes d'après le roman d'Albert Camus, réalisée par Antoine Garceau d'après un scénario de Gilles Taurand et George-Marc Benamou, France 2, 4 – 11 mars 2024.

[15] Voir la traduction de La Peste par Yasmina Melaouah publiée en 2017 dans la maison d'édition milanaise Bompiani. 

[16] Voir la traduction de La Peste (The Plague) par Laura Marris publiée en 2021 dans la maison d'édition new-yorkaise Knopf. 

[17] Voir la traduction de La Peste (ペスト) par Hiroshi Mino dans la maison d'édition japonaise Iwanami-Shoten en 2021.

[18] Voir la traduction de La Peste (Al-Ta'ûn) par Waciny Laredj publiée en 2021 dans la maison d'édition algérienne « Al-Fadhâ' al-Hûr- الفضاء الحر » (Libre Poche). Rappelons qu'une remarquable bibliographie des traductions des œuvres de Camus en langue arabe a été établie par Faris Lounis sur le site internet de la Société des Études camusiennes. 

Infos pratiques
1-2 Avril
UCO Angers
Comité d'organisation UCO
Comité d'organisation hors UCO
  • Alexis Lager (Société des Études camusiennes)
Comité scientifique UCO
Comité scientifique hors UCO
  • Hiroshi Mino (Université de Nara, Japon)
  • Jason Herbeck (Boise State University, USA)
  • Sophie Bastien (Collège militaire royal du Canada, Canada)
  • Martine Job (Université Bordeaux Montaigne)
  • Marie-Thèrèse Blondeau (Société des Études camusiennes)
  • Alexis Lager (Société des Études camusiennes)
Equipe(s) UCO faculté(s)
Faculté des Humanités
Campus
UCO Angers
Logo Société des Études camusiennes
Logo ville d'Angers