Sens et enjeux de la condition corporelle à la lumière de la Révélation chrétienne
Sens et enjeux de la condition corporelle à la lumière de la Révélation chrétienne
Argument
Dans le contexte contemporain, le statut du corps demeure confus : tour à tour idolâtré, sacralisé, chosifié, méprisé, refusé, nié comme corps personnel, il est considéré comme une limite inacceptable et dépassable. Deux limites ultimes semblent inhérentes à la condition humaine incarnée : le sexe et la mort. Le sexe comme altérité fondatrice qui précède et structure l'être personnel : je suis homme ou femme, né de l'union de deux êtres de sexe différent, et donc aussi fils ou fille, inscrit dans une généalogie. De même, la soumission du corps à une irréductible temporalité fait de l'homme un mortel. Ce sont précisément ces deux limites qui sont contestées aujourd'hui dans les utopies queer, transgenres et transhumanistes. Consentir à la limite en accueillant humblement le donné de la condition charnelle sexuée et mortelle, comme une bénédiction, tel serait aujourd'hui devenu l'impensable. Si le Verbe éternel n'a pas répugné d'entrer dans la limite d'une chair sexuée et « jusqu'à la mort » (Ph 2, 6-11), c'est bien pour révéler, dans la limite corporelle, une voie d'accomplissement en plénitude pour l'humanité.
Le paradoxe est que le christianisme est encore trop souvent considéré comme véhiculant un mépris du corps et du sexe. Pour dépasser ce malentendu, il importe de faire apparaître que le statut paradoxal du corps dans le christianisme ne relève ni du mépris gnostique du corps, ni de sa sacralisation païenne, mais plutôt de l'annonce d'une voie de rédemption et de glorification, dans l'unité retrouvée de la personne. Ainsi, le corps personnel créé pour la gloire, mais blessé par le péché est en attente de sa rédemption (Rm 8, 23) par la médiation du Verbe Incarné. En cela, la chair est bien « charnière du Salut » (Tertullien). La position éthique chrétienne sur le corps et le sexe est celle d'une voie d'équilibre (ni rigorisme, ni laxisme) tenant l'unité ontologique de la personne tout en intégrant la situation historique de dualité chair/esprit, situation de tension existentielle, conséquence du péché, appelant un travail d'unification.
Le Christ est le Verbe de Dieu fait chair (Jn 1,14), car « en lui habite corporellement la plénitude de la divinité » (Col 2,9). La foi dans l'incarnation et dans la résurrection du Christ renouvelle toute l'anthropologie (GS 22,1) en révélant la véritable splendeur du corps : « Le corps en effet - et seulement lui - est capable de rendre visible ce qui est invisible : le spirituel et le divin. Il a été créé pour transférer dans la réalité visible du monde le mystère caché de toute éternité en Dieu et en être le signe visible. » (St Jean-Paul II, TDC 19-4). Peut-on aller jusqu'à tenir que le Christ récapitulateur révèle le corps humain non seulement comme expression de la personne créée, mais aussi comme signe visible d'un mystère caché en Dieu ? L'unité indissoluble à l'œuvre dans la condition humaine incarnée témoignerait d'un étrange mystère de noces entre la chair et l'Esprit, entre le sensible et l'au-delà-du-sensible. Dès lors, quelle puissance de révélation et de signification réside dans le corps non seulement dans la condition
historique — corps blessé par le péché, en attente de sa rédemption, éprouvant sa douloureuse distorsion entre chair et esprit — mais aussi dans le corps compris à la lumière de sa condition originelle, tel qu'il est sorti des mains du Créateur, et ultimement promis à la Résurrection de la chair ?
Ce serait donc par son aptitude particulière à signifier que se dévoile la vérité du corps. Mais comme tout signe, le signe du corps, dans la condition historique, reste ambivalent et appelle une interprétation : l'« icône » — vraie image qui laisse transparaitre le mystère invisible — peut se travestir en « idole » — écran fascinant ou repoussant, coupé de la personne, et qui ne renvoie plus qu'à lui-même. Le corps manifeste-t-il ou voile-t-il la personne ? Une approche à la fois phénoménologique et herméneutique est-elle susceptible de faire apparaître la véritable signification sponsale du corps sexué, en révélant en particulier que le don mutuel et fécond de l'homme et de la femme laisse affleurer dans le sensible, un reflet d'une insondable communion trinitaire de Personnes ? La source de cette révélation se concentre dans le Visage sensible du Verbe Incarné, parfait accès au Mystère ineffable du Père : « Qui m'a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).
Entrée libre
Jeudi 18 Juin 2026
UCO Angers - amphi Bedouelle
8h30
Accueil par François DE MUIZON (UCO Angers)
Courte présentation du projet VTC et introduction au colloque
Enjeux d'une théologie du corps
1. Le donné corporel dans la condition originelle, tel qu'il est reçu des mains du Créateur
Modérateur : Jean-Baptiste EDART (UCO Angers)
9h00
Apport philosophique
Bénédicte BOUILLOT (Facultés Loyola Paris) : « Le corps, paradoxe existentiel : entre être et avoir, pâtir et agir, intériorité et manifestation »
9h30
Apport christologique
José GRANADOS (Séminaire théologique St. John Vianney, USA) : « Le corps à la lumière du Verbe Incarné : l'union hypostatique »
10h00
Échange avec la salle
10h20
Pause café
10h50
Apport théologique
François DE MUIZON (UCO Angers) : « Le corps (sexué) participe-t-il de l'image de Dieu en l'homme ? »
11h20
Apport phénoménologique
Laurence AUBRUN : « Le corps féminin comme corps habitable et lieu d'origine, figure ecclésiale et mariale »
11h50
Échange avec la salle
12h30
Eucharistie
13h00
Pause déjeuner
2. La vocation glorieuse du corps : corps de mort, corps de gloire
Modérateur : Philippe VALLIN (Université de Strasbourg)
14h30
Luis SANCHEZ (Université ecclésiastique San Damaso, Espagne) : « Du corps ressuscité du Crucifié, à la promesse de la Résurrection de la chair »
15h00
Jérôme ALEXANDRE (Collège des Bernardins) : « Caro salutis est cardo » (Tertullien)
15h20
Échange avec la salle
15h50
Pause café
16h20
Isabelle RAVIOLO (Institut Catholique de Paris) : « Beauté et grâce du corps, et conversion des sens chez Bonaventure »
16h50
Échange avec la salle
17h10
Fin de la journée
Vendredi 19 Juin 2026
UCO Angers - amphi Bedouelle
3. Le corps dans la condition historique : sacramentalité et salut du corps
Modérateur : José GRANADOS (Séminaire théologique St. John Vianney, USA)
9h00
Michele SCHUMACHER (Université de Fribourg, Suisse) : « La sacramentalité du corps de l'homme et de la femme »
9h30
Paul GONDREAU (Providence College, Rhodes Island, USA) : « Le corps masculin de Jésus, Salut pour les deux sexes ? »
10h00
Échange avec la salle
10h20
Pause café
10h50
Bertrand LESOING (Maison de formation de la Communauté Saint-Martin) : « Corps et eucharistie. Le corps livré : Ceci est mon corps »
11h20
Étienne RICHER (Institut Catholique de Toulouse) : « Le corps de Marie figure du corps ecclésial : le mystère de l'Épouse »
11h50
Échange avec la salle
12h30
Eucharistie
13h00
Pause déjeuner
4. Le corps dans la condition historique : beauté du corps sauvé et transfiguré
Modérateur : Pascal MUELLER-JOURDAN (UCO Angers)
14h30
Nicolas ROUSSELOT (Facultés Loyola Paris) : « Sens corporels et sens spirituels : la conversion des sens. Le sensible, voie d'accès à Dieu ? »
15h00
Oana GOTIA (Sacred Heart Major Seminary, USA) : « Le corps, Temple de l'Esprit. Glorifiez Dieu par votre corps. Les implications éthiques de la signification sponsale du corps »
15h30
Échange avec la salle
15h50
Pause café
16h20
Philippe VALLIN (Université de Strasbourg) : « Le visage du Christ : pour une relation d'origine de la facialité humaine à la facialité divine du Logos pros ton Theon (Jn 1,1) »
16h50
Échange avec la salle
17h10
Conclusions du colloque
17h30
Fin du colloque
- René Écochard (Université Claude Bernard Lyon 1)
- Juliette de Ferrières de Sauvebœuf (Collège des Bernardins / UCO Angers)
- José Granados (Séminaire théologique St. John Vianney, USA)
- Philippe Vallin (Université de Strasbourg)