Aller au contenu principal
Colloque

Morellet ou le glisse nombre

Affiche du colloque

Morellet ou le glisse nombre

À l'occasion du centenaire de la naissance de François Morellet, les Musées d'Art et d'Histoire de Cholet et l'Université catholique de l'Ouest s'associent pour proposer un colloque consacré à son œuvre et à ses prolongements contemporains. Cette rencontre s'inscrit dans une programmation nationale qui remet en lumière la diversité des pratiques de l'artiste, son attachement au territoire choletais et l'importance de ses collaborations.

Le colloque invite à reconsidérer une œuvre fondée sur la règle, le jeu, le hasard et le déplacement du regard. Il s'intéresse autant aux formes produites par Morellet qu'aux protocoles qui les rendent possibles, ainsi qu'aux conditions de leur transmission, de leur réactivation et de leur exposition.

Artistes, chercheur·ses, commissaires et étudiant·es seront réunis pour confronter leurs expériences et leurs analyses. Les échanges porteront également sur la manière dont l'œuvre de Morellet continue d'irriguer les pratiques artistiques, les espaces publics et les collections. En faisant dialoguer approche scientifique et réactivation d'œuvres, ce colloque entend ainsi ouvrir un espace de réflexion sur l'héritage d'un artiste dont la pensée demeure profondément active. 

 

Entrée libre

Mercredi 14 Octobre 2026

UCO Angers - amphi Diès
Ecritures et protocoles
13h30

Accueil café

13h45

Introduction

Présidence de séance : Marion DUQUERROY (UCO Angers)

14h00

Damien DION (docteur en arts plastiques, artiste et enseignant) : « Le jeu de la règle : protocole, langage et ekphrasis opératoire chez François Morellet »

Cette communication se propose d'analyser l'œuvre de François Morellet à partir de l'articulation entre règle, protocole et double-jeu. Le jeu y est compris à la fois comme activité réglée et comme écart mécanique, c'est-à-dire comme marge de désajustement nécessaire au fonctionnement de tout système. Le protocole artistique est ici envisagé comme une structure d'usage, dont le sens dépend des conditions concrètes de son application et des variations introduites par sa répétition. Les œuvres de Morellet rendent cette tension perceptible en exposant leurs principes de construction sans réduire leurs effets à une simple exécution programmatique. L'analyse portera notamment sur la littéralité de certains titres d'oeuvre qui fonctionnent comme des énoncés opératoires : ils ne décrivent pas seulement une œuvre achevée, mais formulent la procédure qui en organise la production. Il s'agira de penser ces titres, ainsi que les écrits de l'artiste, comme des formes de langage capables non seulement de rendre compte du visible, mais aussi d'en orienter, d'en produire et d'en décaler les conditions. L'œuvre de Morellet apparaît ainsi comme une rationalité ouverte, où la règle constitue moins un principe de clôture qu'un dispositif de mise en jeu du sens.

14h45

Coline DEGRUSON (Nantes Université) : « Mais comment taire ses commentaires ou la discursivité selon François Morellet »

Versailles. Au cœur de la grandiloquence souhaitée par Louis XIV, de dorures et de glaces, se trouve depuis les derniers jours de juin un invité inattendu. François Morellet a effectivement été invité à investir le palais royal, ultime pied de nez pour celui qui voulait en faire le moins possible. Fidèle à son esprit frondeur, l'artiste était coutumier de l'irrévérence dans ses propres systèmes grâce à l'introduction d'une donnée hasardeuse depuis 1958. Il serait en revanche réducteur de limiter son apport à l'art contemporain uniquement par ce biais, car Morellet est surtout l'un des théoriciens de l'art abstrait : auteur de plus de 600 textes, ceux-ci ont été malicieusement rassemblés dans son anthologie publiée en 1999 aux éditions de l'Ensba. Mais comment taire mes commentaires ?, se demande l'artiste avec ce titre espiègle, reléguant avec humour la production discursive à une activité de comptoir, le simple commentaire émis à la moindre occasion. Brouillant les pistes, il invite le lecteur à le lire avec légèreté, humour, mais il omet sciemment de préciser à quel point ces fameux « commentaires » sont l'arc de voûte essentiel de son œuvre protéiforme, le témoin d'une vie artistique marquée de rencontres du Brésil à la Hongrie, en passant par l'Alhambra. Il sera donc question de voyager au gré de son écriture, de l'effervescence des années 50 entre système et hasard au crépuscule de son parcours en 2016.

15h30

Pause café

Présidence de séance : Pauline BOIVINEAU (UCO Angers)

15h45

Sarah TROCHE (Université de Lille) : « Hasard programmé : le désordre, en toute rigueur »

À la fin des années 1950, François Morellet décide d'introduire le hasard dans la composition rigoureuse de ses œuvres, afin de faire vivre ses systèmes qui lui paraissent « un peu trop endormis dans leur autosatisfaction ». Par l'intermédiaire d'une suite de chiffres aléatoires, le « hasard programmé » fait proliférer les données en toute rigueur, sans déroger à la ligne qu'il s'est fixée : réduire au minimum le nombre de choix, suspendre toute subjectivité, faire continûment « moins que rien ». Pour comprendre les enjeux particuliers du hasard, nous proposerons d'entrer dans la fabrique d'une œuvre fondatrice : Répartition aléatoire de 40 000 carrés, 50% magenta, 50% bleu (1961). Nous montrerons que cette œuvre fonctionne comme un manifeste, en tant qu'elle exhibe esthétiquement les principes de la démarche de Morellet, engageant une pensée autonome de l'œuvre et de la place du spectateur. C'est le modèle du jeu qu'il faut prendre ici au sérieux, dans ce qu'il a de radical et de programmatique. Mais c'est aussi la place de l'arbitraire, comme puissance corrosive, affirmation joyeuse d'une création sans fondement, que nous proposerons de déployer, sans éliminer ce que cette position a de risqué, jouant sur le fil du paradoxe.

16h30

Lou FORSTER (Centre national de la danse) : « François Morellet et la danse : esquisse d’une réflexion »

Du 14 au 20 avril 1986, dans le cadre de la rétrospective consacrée à François Morellet par le Centre Pompidou, le chorégraphe Andy de Groat présente Route de Louvie-Juzon. Bien que relativement méconnue aujourd'hui, la pièce s'impose alors comme une œuvre de référence du ballet minimal, genre chorégraphique qui se cristallise notamment autour des recherches de Jerome Robbins et de Lucinda Childs. Le processus de création de Route de Louvie-Juzon, autant que sa réception et sa postérité, constitueront le fil directeur de cette intervention. Je partirai de l'hypothèse que la pièce occupe une position charnière dans le rapport de François Morellet à la danse : elle constitue la synthèse de ses expériences antérieures — Autumn Fields (1977), créée pour Viola Farber, et Couleur d'iceberg (1982), avec Quentin Rouillier — et un point de bascule qui conduit l'artiste à mobiliser durablement le ballet, plutôt que la danse, pour penser ses opérations plastiques.

17h15

Discussion transversale animée par Louise HERVÉ

17h45

Pause

18h00

Lecture de texte de Morellet par des étudiant.es du Conservatoire à Rayonnement Régional 

L3 Arts plastiques – restitution de workshop avec Louise HERVÉ et Auriane PREU'HOMME : activation d'œuvres de François Morellet

L2 Arts du spectacle – restitution de workshop avec Cécile PROUST : danse, performance et postmodernité 

19h00

« Cocktail à la Morellet » 

Avec la complicité des filières Musicologie et Arts plastiques

 

Jeudi 15 Octobre 2026

Cholet - Musées d'Art et d'Histoire 
L'artiste et le territoire
9h30

Accueil café

10h00

Table ronde : Morellet de par chez lui 

Table ronde animée par Stéphanie AUGER-BOURDEZEAU, directrice des Musées d'Art et d'Histoire de Cholet, et Coline DEGRUSON, docteure en histoire de l'art

Née dans le Choletais, l'œuvre de Morellet s'est déployée dans l'espace public bien au-delà de ce territoire d'origine, tissant un rapport singulier aux lieux, à leur architecture et à leur mémoire. Cette table ronde propose d'interroger cet ancrage à travers trois regards complémentaires : celui de Claire STAEBLER, directrice du Frac des Pays de la Loire, qui accompagne actuellement l'installation de deux œuvres de l'artiste à Clisson ; celui de Patrick LE NOUËNE, ancien directeur des musées d'Angers, témoin et acteur de plusieurs expositions consacrées à Morellet depuis les années 1990 ; et celui de Yann LESTRAT, artiste lauréat de la restauration de La dentelle, dont le travail de reprise d'œuvres publiques dégradées de Morellet interroge la transmission et la survie matérielle de son geste dans la durée.

Entre conservation, réactivation et création, il s'agira de discuter la façon dont un territoire hérite, entretient et prolonge une œuvre pensée pour dialoguer avec l'espace qui l'accueille.

12h00

Émilie ROBERT (docteur en art) : « Le catalogue raisonné des installations de François Morellet » 

En 2026, François Morellet aurait eu 100 ans. L'artiste choletais, décédé en 2016, laisse derrière lui des milliers d'œuvres ayant participé à sa reconnaissance internationale. Conservé dans les collections publiques et privées du monde entier, son travail se veut exempt de toute décision subjective : répondant à un ensemble de systèmes préétablis, de règles et de protocoles à suivre. Souvent associée à l'art concret, à l'Op Art, à l'art minimal ou encore à l'art conceptuel, l'œuvre de François Morellet s'avère en réalité inclassable ; ce dernier faisant de l'humour et de la géométrie le fil rouge d'une pratique qui oscille continuellement d'un principe à l'autre. À cet égard, ses installations – se comptant à plus de cinq cents – occupent une place de premier ordre. Synonymes de liberté et de spontanéité – souvent pensées comme éphémères (à l'instar de ses créations en ruban adhésif) –, elles répondent au lieu et à l'architecture qui les accueillent ou bien soulignent le contexte de leur exposition. Il s'agira ici de présenter un panorama des typologies et spécificités relatives aux installations de François Morellet, mais aussi d'aborder la méthodologie mise en place à l'exercice d'un tel inventaire.

12h45

Pause déjeuner

14h00

Visites guidées de l'exposition « 100% néons » 

Médiations d'œuvres in situ par les étudiant.e.s de L3 Arts plastiques

18h00

Lecture de texte de Morellet par des étudiant.es du Conservatoire à Rayonnement Régional

19h00

Michel GAUTHIER (Commissaire de l'exposition « François Morellet. 100 pour cent ») : « François Morellet. 100 pour cent – un centenaire célébré au Centre Pompidou-Metz »

François Morellet (1926-2016) est l'une des figures majeures de l'abstraction géométrique française, et paradoxalement l'un de ceux qui en ont le plus profondément ébranlé les certitudes. À partir des années 1950, il élabore un vocabulaire plastique fondé sur des systèmes, des grilles et des règles combinatoires appliquées avec neutralité, écartant délibérément toute expressivité au profit de procédures préétablies, appliquées de manière neutre et précise. Cette rigueur n'exclut cependant pas le jeu : dès le tournant des années 1960, en s'associant au Groupe de Recherche d'Art Visuel, il explore l'art optique et la déstabilisation du regard et l'instabilité de la perception, introduisant aussi le hasard comme principe actif dans la composition de ses œuvres. 

Pour le centenaire de sa naissance, le Centre Pompidou-Metz lui consacre l'exposition François Morellet. 100 pour cent, présentée du 3 avril au 28 septembre 2026 sous le commissariat de Michel Gauthier. Il s'agit de la rétrospective la plus complète jamais réalisée sur l'artiste, réunissant une centaine d'œuvres allant de 1941 à 2016, des premières expérimentations picturales encore peu montrées jusqu'aux néons de la dernière décennie. Le parcours, déployé sur 1 200 m² dans la Galerie 3, met en regard le Morellet du triomphe de la règle et celui de la déraison optique et de la distance néo-dadaïste. L'exposition s'inscrit dans le programme national « 100 x Morellet » initié par le Centre Pompidou pour ce centenaire.

20h00

Cocktail de clôture

Infos pratiques
14-15 Octobre
13h30-21h00 | 9h30-21h00
UCO Angers - amphi Diès | Cholet - Musée d'Art et d'Histoire
Comité d'organisation UCO
Comité d'organisation hors UCO
  • Stéphanie Auger-Bourdezeau
  • Louise Hervé
Comité scientifique UCO
Comité scientifique hors UCO
  • Stéphanie Auger-Bourdezeau
  • Louise Hervé
  • Émilie Robert
Equipe(s) UCO faculté(s)
Faculté des Humanités
Campus
UCO Angers
Logo Musées de Cholet
Logo Ville et agglomération de Cholet