Comportements des individus et des organisations
Cet axe de recherche explore, à travers 3 sous axes et en en mobilisant des approches économiques et managériales, théoriques et empiriques, les transformations contemporaines du management et du comportement économique dans un contexte d'incertitudes multiples et de mutations sociétales profondes.
Le premier sous axe analyse les facteurs intangibles influençant le bien-être et le comportement des consommateurs, notamment l'impact des nouvelles technologies sur l'expérience d'achat et l'équilibre vie-travail, tandis que le deuxième s'intéresse aux ajustements des pratiques managériales face aux enjeux contemporains et à l'instabilité économique. Enfin, le troisième sous axe examine les formes émergentes de management plaçant la diversité, l'inclusion et la subsidiarité au cœur du fonctionnement organisationnel, interrogeant la notion de travail bien fait, le capital social comme ressource collective et les conditions d'une gouvernance plus éthique et participative.
L'ensemble de ces recherches vise à concilier performance organisationnelle, bien-être des individus et création de valeur durable dans un environnement en constante évolution.
Comportement et bien-être des individus
De nombreux facteurs intangibles influencent le comportement et le bien-être des consommateurs (Aurier & Sirieix, 2016; Nabec, 2017). Ces facteurs, longtemps négligés faute de mesures adéquates, comprennent, par exemple, l'expérience subjective des activités réalisées, les contraintes liées à l'allocation du temps (Lallement & Gourmelen, 2018), les relations sociales (Truphème & Gastaud, 2023) et la production non marchande. D'un point de vue théorique, ces éléments intangibles donnent lieu à des prix virtuels, mis en évidence dans les études menées au sein de cet axe (Bouillé & Bellion, 2025). L'estimation de ces prix virtuels permet de générer de nouveaux résultats sur des thématiques telles que l'équilibre vie-travail et la production non marchande, contribuant ainsi à une quantification multidimensionnelle du bien-être des consommateurs (Ares et al., 2016) Les recherches sur le comportement et le bien-être du consommateur, menées dans cet axe, passent également par la définition de nouveaux indicateurs mesurant l'expérience subjective des activités réalisées. Ces indicateurs portent sur les tâches quotidiennes (Robert-Demontrond et al., 2020), les interactions sociales (Vernette & Flores, 2004), mais aussi sur l'impact des nouvelles technologies — telles que la réalité virtuelle, la réalité augmentée et l'intelligence artificielle — sur l'expérience et le comportement du consommateur avant, pendant et après son achat (Loupiac et al., 2024). Dans ce cadre, les recherches s'intéressent, entre autres, aux effets cognitifs (Gallen, 2005), affectifs et conatifs du consommateur (Brée & Pantin-Sohier, 2023), ainsi que dans des contextes multi- et/ou omnicanaux (Auffret & Picot-Coupey, 2024).
Comportement managérial
Dans un contexte marqué par de multiples incertitudes économiques, réglementaires, politiques, climatiques et environnementales, la question du rôle de l’incertitude dans la détermination des comportements des acteurs économiques se pose avec acuité. Sur les marchés financiers, l'incertitude se traduit par une volatilité accrue, une révision des anticipations et une prime de risque plus élevée, ce qui affecte directement la valorisation des actifs et la dynamique des portefeuilles (Pástor et Veronesi, 2012). À l'échelle microéconomique, elle influence les décisions des entreprises et des ménages en matière de consommation, d'investissement, d'embauche, d'innovation et de gestion de la performance organisationnelle (Guiso et Parigi, 1999; Xu, 2020; Gulen et Ion, 2012; Julio et Yook, 2012; entre autres).
Une attention particulière est également portée à la gouvernance des entreprises, aux formes d'organisation émergentes et aux régulations qui orientent les stratégies des firmes dans un contexte incertain (Bao et al. 2024).
Ces thématiques de recherche s'inscrivent dans un cadre théorique et empirique ancré dans la littérature économique et financière, amorcée notamment par Knight (1921) sur la distinction entre risque et incertitude, enrichie ensuite par des contributions majeures sur la psychologie des investisseurs (Hirshleifer, 2001) et le comportement des entreprises (Julio et Yook, 2012). Elles trouvent également des prolongements importants dans l'analyse empirique des chocs d'incertitude (Bloom, 2009).
Les enjeux ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) transforment les pratiques managériales contemporaines. Ils imposent aux dirigeants une réflexivité accrue face à l'instabilité des cadres réglementaires, à la pression des parties prenantes et à la complexité des arbitrages à opérer. Ces évolutions favorisent l'émergence de styles de management intégrant des logiques de gouvernance plus agiles, éthiques, durables et collaboratives. Les recherches menées dans ce cadre s'intéressent aux ajustements des mécanismes de gouvernance face à l'incertitude notamment en lien avec les enjeux ESG, ainsi qu'à la manière dont ces transformations influencent les postures managériales, les formes de leadership et les mécanismes d'ajustement au changement.
Dans ce contexte marqué par les mutations ESG, les recherches menées dans cet axe s'articulent également autour d'une analyse approfondie du comportement managérial au sein des organisations éducatives à travers une démarche pluridisciplinaire articulant les sciences de gestion et les sciences de l'éducation. Il s'intéresse aux styles de management mobilisés par les directions scolaires, en mettant en lumière leur capacité à développer une réflexivité stratégique face à l'instabilité des cadres réglementaires, à la pression croissante des parties prenantes et à la complexité des arbitrages à opérer. Les dynamiques de pouvoir, les temporalités organisationnelles de ces dirigeants, les espaces de discussion et les mécanismes de gouvernance qui façonnent les pratiques managériales dans les établissements scolaires sont étudiés.
Ces recherches interrogent les tensions entre logiques productivistes héritées et nouvelles aspirations vers un leadership plus éthique et participatif. Elles articulent l'analyse du capital social éducatif avec les dynamiques de management dans l'enseignement supérieur, en montrant comment les pratiques pédagogiques et les styles de management influencent l'engagement étudiant, notamment pour les publics « à risque ». Cette perspective met en évidence la nécessité de mécanismes de gouvernance plus réflexifs et adaptatifs face aux incertitudes contemporaines. Elle conduit à la notion de management régénératif, un modèle qui dépasse la seule performance immédiate pour intégrer les dimensions corporelles, émotionnelles et intellectuelles du travail. Ce cadre valorise la singularité des parcours, la coopération entre acteurs et la qualité des relations humaines, tout en explorant de nouvelles pistes pour renforcer inclusion, motivation et bien-être dans les organisations éducatives. Une telle posture managériale soutient durablement les transformations organisationnelles, tout en préservant la santé et l'engagement des professionnels et des étudiants.
Management de la diversité, de l'inclusion et de la subsidiarité
Ce sous axe explore les formes émergentes de management qui placent à la fois la diversité, l'inclusion et la subsidiarité au cœur du fonctionnement organisationnel, afin de concilier exigences sociétales, qualité du travail et engagement des individus.
Le management de la diversité et de l'inclusion se retrouve au cœur de l'actualité par le biais d'évolutions sociétales et légales (handicap, égalité femmes-hommes, âge, religion), impactées par les volontés politiques des états au sein desquels évoluent les organisations (Barth, 2018 ; Harrison & Klein, 2007). Face aux approches diamétralement opposées de l'Europe et des Etats-Unis (Benefiel & Fry, 2014) , les Directions Diversité Equité et Inclusion (DEI) sont incitées à faire preuve d'adaptation (Hennekam et al., 2018). Les recherches menées dans ce cadre investiguent notamment l'impact de ce contexte sur la création de documents DEI (Galindo et Zannad, 2014 ; Galindo et Oiry, 2021 ; Volia, 2022), la perception du sujet dans les organisations (Garner-Moyer, 2006 ; Honoré, 2016 2018 ; 2022), la place de la DEI comme facteur d'attractivité pour les futurs entrants sur le marché du travail (Guillet et Volia, 2022) ou parmi les autres dimensions de la RSE (Ksiezak & Fischbach, 2017), ou encore les écarts entre les systèmes de contrôle de gestion interne et externe (Simons, 1995 ; Arjaliès & Mundy, 2013).
Par ailleurs, cet axe interroge la question du travail bien fait, essentielle au bon fonctionnement des organisations et à la santé au travail. Il s'agit d'explorer les ressources nécessaires pour bien réaliser son activité, mais aussi les obstacles qui s'y opposent, et de comprendre comment l'ensemble de la ligne hiérarchique peut contribuer à un ajustement permanent entre fiabilité réglée et fiabilité gérée. Dans un contexte marqué par une diminution du pouvoir d'agir des individus, la notion de subsidiarité retrouve une place centrale en sciences sociales et de gestion, car elle envisage l'organisation « par le bas » en préservant l'agir créatif des individus et en rapprochant la décision de l'action. Les recherches menées dans ce cadre s'intéressent à la faisabilité d'un management subsidiaire, à ses conditions de mise en œuvre et à ses limites.
Ce sous axe étudie la manière dont les entreprises promeuvent le bien commun au travers du management et de l'organisation du travail. À ce titre, il explore les efforts d'inclusion dans les organisations et dans les dynamiques entrepreneuriales. Certaines recherches se focalisent sur la façon dont les structures essaient de mettre en place une politique inclusive, notamment la place des négociations et des pressions des parties prenantes et leurs impacts sur l'aspect final de la politique. En outre, cet axe investigue la façon dont ces politiques sont véhiculées en interne et en externe et les conditions d'une bonne réception par les prospects, le management, les collectifs, mais aussi les individus pour qui l'expression de l'identité au travail est intimement liée au bien-être.
À partir de l'expérience de travail, il s'intéresse aux espaces de discussion, à la gestion des compétences, aux postures managériales et aux processus de prise de décision, comme leviers de performances plurielles. L'axe examine l'articulation entre l'information financière et l'information extra-financière comme expressions de la performance des organisations. Cela passe par la recherche de leviers de création et de partage de la valeur inter organisationnelle.
Ce sous axe s'intéresse également à l'analyse du capital social comme ressource collective, permettant de mettre en évidence son rôle dans la cohésion sociale, la confiance et la capacité des communautés à faire face aux incertitudes économiques et politiques. L'étude des réseaux de confiance, des normes sociales et des dynamiques de coopération éclaire la manière dont se construisent à la fois la stabilité nationale et la performance organisationnelle. Cette perspective offre ainsi des clés pour appréhender la création et le partage de valeur inter-organisationnelle, tout en interrogeant les conditions d'une gouvernance plus inclusive et durable.