Gouvernance, Institutions et Politiques Publiques
L'axe 2 du COGI se concentre sur les structures, les règles et les dispositifs qui organisent la vie économique et sociale à différents niveaux d'échelle. Il adopte une approche pluridisciplinaire pour analyser les transformations contemporaines de la gouvernance, des institutions et de l'action publique, dans un contexte marqué par la transition écologique, l'instabilité économique, l'innovation technologique et la montée des incertitudes.
En mobilisant les outils de l'économie et des sciences de gestion, les chercheurs de cet axe s'intéressent aux modes de coordination collective, aux formes de régulation, aux politiques publiques et aux mécanismes d'incitation, qu'ils soient explicites ou implicites. L'analyse porte aussi bien sur les territoires et les systèmes socio-productifs locaux que sur les institutions monétaires et financières à l'échelle nationale ou internationale.
L'axe articule des travaux théoriques, empiriques et appliqués autour de trois grands sous axes :
- Gouvernance territoriale et transformations institutionnelles
- Régulation, redistribution et politiques publiques
- Institutions monétaires et financières, incitations et soutenabilité
Gouvernance territoriale et transformations institutionnelles
Ce sous axe s'intéresse aux dynamiques de gouvernance à l'échelle des territoires, des collectivités et des organisations publiques, dans un contexte de recomposition des structures institutionnelles et d'évolution des modèles d'action collective. Il explore la manière dont les territoires développent leur attractivité, leur résilience et leur capacité d'innovation, notamment face aux crises écologiques, sanitaires et économiques, ainsi qu'aux injonctions à la durabilité. Ces questionnements s'inscrivent dans une perspective institutionnaliste et évolutionnaire, inspirée des travaux d'Aghion et Howitt (1998) sur le rôle des incitations et de l'innovation dans la croissance économique, ainsi que de North (1990) sur la dimension structurante des institutions dans la performance et la transformation économique. Ils rejoignent également l'approche de Mokyr (2016), qui met en évidence la manière dont la culture, les idées et les cadres cognitifs favorisent l'émergence de trajectoires de développement différenciées, et celle de Rodríguez-Pose (2013), qui souligne l'importance de la qualité institutionnelle dans le développement régional.
Les travaux menés dans ce cadre analysent les logiques de coordination et de coopération inter-organisationnelle, les formes de démocratie participative, les processus d'empowerment local ainsi que les dispositifs institutionnels qui structurent l'action publique territoriale. Les recherches récentes montrent que les interactions entre acteurs publics et privés, inscrites dans des cadres formels et informels, sont déterminantes pour l'innovation territoriale (Belso-Martínez, 2024). De même, la capacité des gouvernements locaux à renforcer leur résilience économique repose sur des formes d'innovation institutionnelle et sur la diffusion de pratiques collaboratives adaptées au contexte territorial. Ces approches rejoignent la littérature sur la gouvernance durable, qui insiste sur la cohérence entre coordination institutionnelle et stratégies de développement régional (Bianchi et al., 2023).
Ces réflexions s'articulent également avec la perspective de la gouvernance participative, dans laquelle la responsabilité sociale et la transparence des institutions publiques favorisent la confiance et la participation citoyenne (Sánchez-Hernández, 2024). Dans cette optique, la planification collaborative (Healey, 2006) constitue un cadre essentiel pour penser la co-construction des politiques locales et la gestion collective des territoires. Elle s'applique notamment à des domaines comme les politiques culturelles, patrimoniales et touristiques, qui offrent des terrains privilégiés pour observer les interactions entre acteurs publics, entreprises locales, associations et citoyens. Ces secteurs illustrent concrètement la manière dont les transformations institutionnelles et les nouveaux outils de pilotage territorial participent à la recomposition des modèles d'action collective. Ainsi, la gouvernance territoriale est appréhendée comme un système d'action complexe et multi-niveaux, dans lequel les pouvoirs publics, les acteurs économiques et la société civile coopèrent pour faire émerger des formes d'organisation flexibles, capables de soutenir durablement les transitions institutionnelles (Pierre & Peters, 2000).
Régulation, redistribution et politiques publiques
Ce sous axe s'intéresse aux dispositifs de régulation économique et sociale et à leur articulation avec les politiques publiques. Il interroge la manière dont les pouvoirs publics conçoivent, mettent en œuvre et évaluent des instruments d'intervention visant à encadrer les marchés, réduire les inégalités et accompagner les transformations structurelles de la société. Ces réflexions s'inscrivent dans le prolongement des travaux récents sur la composition optimale des politiques redistributives (Costas-Fernández & Lodato, 2022) et sur les nouvelles approches de l'action publique orientées vers le bien commun (Mazzucato, 2023).
Les recherches portent sur les arbitrages entre efficacité économique, équité sociale et soutenabilité budgétaire, dans un contexte de complexification des enjeux (transition écologique, montée des incertitudes, reconfiguration des rapports entre échelles de gouvernance). L'analyse des effets intentionnels et non intentionnels des politiques publiques occupe une place centrale, notamment en ce qui concerne les tensions entre objectifs affichés, logiques institutionnelles et résultats observés. Dans cette perspective, les travaux de Gubello (2025) sur les choix entre transferts en nature et transferts monétaires mettent en lumière les dimensions politiques et institutionnelles des instruments redistributifs, en fonction des contraintes budgétaires et du degré de confiance dans l'État.
Ce sous axe mobilise des approches empiriques et théoriques issues de l'économie publique et des sciences de gestion, en intégrant des perspectives institutionnelles et comparatives. L'analyse des effets redistributifs de la politique monétaire (Israel & Latsos, 2020 ; Kuhn, Schularick & Steins, 2020) s'inscrit dans cette logique, en montrant comment les instruments macroéconomiques, au-delà de leur rôle de stabilisation, produisent des effets distributifs différenciés selon les structures sociales et financières. Ces contributions prolongent le débat sur la gouvernance économique et la justice distributive à l'échelle internationale, dans la lignée des travaux de Piketty (2014), qui soulignent la nécessité d'un cadre fiscal et institutionnel global pour corriger les déséquilibres liés à l'accumulation du capital. Elles éclairent ainsi les dynamiques de réforme et de régulation propres à chaque contexte national.
Institutions monétaires et financières, incitations et soutenabilité
Ce sous axe explore le rôle des institutions monétaires et financières dans la stabilité macroéconomique, la régulation des risques systémiques et la soutenabilité des trajectoires économiques, notamment dans un contexte de transition écologique et de forte incertitude. Il s'intéresse à la manière dont les politiques monétaires et budgétaires, les structures de marché et les cadres réglementaires influencent l'allocation des ressources, les comportements d'endettement, l'investissement et la création monétaire. Les travaux récents soulignent l'importance du cadre institutionnel et des politiques des banques centrales dans la distribution des revenus et la stabilité financière (Colciago, 2019), ainsi que la nécessité de repenser les instruments de politique monétaire face aux régulations du crédit et aux nouvelles contraintes macrofinancières (Kumar, 2025).
Les recherches menées dans ce cadre portent une attention particulière aux dynamiques d'innovation financière — telles que les monnaies numériques, la finance verte et les fintechs — ainsi qu'aux incitations générées par les cadres institutionnels (aléa moral, asymétries d’information, effets redistributifs). Les politiques monétaires non conventionnelles ont profondément transformé les canaux de transmission et les comportements des agents économiques, avec des effets parfois ambigus sur les inégalités et la stabilité du système (Zungu & Greyling, 2022). Dans ce contexte, les travaux récents de Sepp, Israel, Treitz et Hartl (2024) montrent que la résilience du système bancaire allemand a évolué de manière différenciée selon les types d'établissements depuis la création de la Banque centrale européenne : les grandes banques apparaissent aujourd'hui plus vulnérables aux politiques expansionnistes non conventionnelles, tandis que les institutions régionales conservent une plus grande robustesse structurelle. Ces résultats illustrent la complexité croissante des interactions entre politique monétaire, architecture institutionnelle et stabilité financière au sein de l'Union européenne.
L'approche adoptée croise l'économie monétaire, la finance publique et les sciences de gestion, en articulant analyse théorique, études de cas et évaluation des politiques. Les travaux récents sur la résilience budgétaire et la politique fiscale (Rao, 2023) montrent que la soutenabilité économique dépend autant de la solidité du système financier que de la capacité des États à absorber les chocs macroéconomiques et environnementaux. Cette perspective rejoint les recherches sur la résilience et la décarbonation des finances publiques, qui plaident pour une coordination renforcée entre politique fiscale et politique climatique (Delgado & Eguino, 2023). L'ensemble de ces contributions vise à éclairer les débats contemporains sur les modèles monétaires et financiers, les formes de régulation adaptées à un environnement incertain et les conditions d'une soutenabilité économique durable.